Publié le 27 Mars 2018
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Publié le 25 Mars 2018
Cette nouvelle fait partie du recueil :
L’inganno dell’apparenza Ibiskos editrice, Empoli (FI) 2014.
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Christiane, à chaque arrivée, est là, au port, mais elle n’attend personne. Sa vieille maison, été après été, est toujours plus cachée dans l’inouï enchevêtrement de branches, plantes sèches, vieux électroménagers rouillés, meubles, fauteuils…et la grille d’entrée chancelante sur ses gonds usés. Christiane dit toujours bonjour à Lorenzo chaque été quand il débarque mais son regard est de plus en plus perdu dans le vide.
« Christiane ? – lui disent les habitants – elle perd jour après jour la tête ! Sa fille ne vient jamais …une fois par an peut-être, hors saison, au mois de décembre quand il fait froid et qu’il n’y a personne. »
« Sa fille ? » – demande Lorenzo stupéfait : dans ses rêveries, à son sujet, il ne l’avait jamais imaginée dans le rôle de mère.
« Mais oui ! C’est la fille de son premier mari, l’américain qui l’a quitté. »
« Son premier mari ! Elle en a eu donc un autre. »
« Ah ! ça c’est l’histoire de sa vie !...mais demandez-le-lui …la maladie l’a peut-être tirée de son silence aboulique. »
Après la première montée, après avoir abandonné le port, un arbre ombrageux protège un banc. A côté, une cabine téléphonique, inutilisée désormais dans l’ère de la communication électronique mais que personne n’a pensé à démanteler. C’est sur ce banc qu’il est facile de rencontrer Christiane à l’heure de l’arrivée des bateaux.
Lorenzo, encouragé, s’approche, lui dit « bonjour, comment allez-vous » et « Vous attendez votre fille ? » lance-t-il à brûle-pourpoint.
« Non, pas elle. Elle ne vient jamais. Depuis qu’elle a retrouvé son père en Amérique elle a oublié sa mère et sa terre. Quand elle vient, si elle vient, elle attend l’hiver pour effacer toute trace de son enfance heureuse dans le soleil. »
« Et qui attendez-vous alors ? »
« J’attends ? Non, je n’attends personne ! » le caractère fier ne se dément jamais ! « Je suis descendue pour prendre les branchages secs pour l’hiver. »
En effet, à côté d’elle une poussette rouillée et trébuchante est remplie, non seulement de branches, mais d’objets les plus disparates, ramassés au hasard dans la rue. Lorenzo évoque dans son souvenir la chambre qui fut la sienne il y a longtemps, remplie de vieux objets déjà alors inutilisables. Que sera-t-elle devenue cette chambre, et la maison, et le jardin ? Un amas impénétrable !
Et en effet, au dehors, au virage de la troisième corniche, ceux qui passent devant la petite grille dégondée et délavée, entre le vieil hôtel Gaëtan et le nouvel emplacement élégant et accueillant de La Pinède, restent stupéfaits devant l’entassement d’énormes appareils électroménagers en équilibre instable recouverts de verdure qui pousse en désordre. Dans un petit espace à gauche, la poussette. Tout ce qui est derrière, reste caché à la vue et laissé au pouvoir d’imagination de chacun.
à suivre..
Publié le 18 Mars 2018
Cette nouvelle fait partie du recueil :
L’inganno dell’apparenza Ibiskos editrice, Empoli (FI) 2014.
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La maison de Christiane aussi a dû être belle et resplendissante ainsi que sa patronne quand elle partageait l’amour avec l’homme de la photo.
Il est curieux, Lorenzo. Les photos sur la paroi de l’immeuble délabré et plus encore le silence opiniâtre de la propriétaire l’intriguent. Le soir sous la douche après la baignade, il interpelle Christiane.
« Oui – dit-elle – il y a eu un temps où nous, les rares habitants de l’île avons pris plaisir à nous baigner à poil, à laisser jouer le soleil sur notre corps, à nous promener dans les sentiers caressés par le vent. Il n’y a pas des parties de notre corps moins dignes que d’autres. La pudeur était placée ailleurs : on peut être beaucoup plus impudiques en révélant à d’autres nos plus intimes mouvements de l’âme tout en restant habillés que de montrer nos innocentes nudités. »
« Était-ce le temps – risqua-t-il – de la photo que j’ai vue dans un cadre de la chambre ? »
« Quelle photo ? – demanda-t-elle étonnée, et, d’un ton péremptoire – il n’y a pas de photo ! »
Elle ne ment pas, se dit Lorenzo, c’est l’effet de refoulement qui produit ces amnésies. Sortant de la douche il prenait son temps dans l’espoir de quelque mot révélateur. Il n’osa pas insister respectant son silence.
Ce fut pour Lorenzo la première d’une longue série de vacances passées sur l’île. Il en possédait désormais la clé, il n’était plus le voyageur étranger et dépaysé d’autrefois.
C’était lui à présent qui guidaient ceux qui voulaient le suivre, fier qu’il était de montrer son minuscule continent nu. Et plus fier encore il le fut quand il y emmena sa nouvelle compagne Paola. Pour tous les deux, l’île dégage un charme nouveau. Toquade ? Suggestion ? Caprice ? Folie ? Ou exhibition morbide, étalage sans vergogne de sexes que la morale dominante veut à tout prix culpabiliser et cacher ? Ce qui est sûr c’est que le simple abandon de ce triangle plus ou moins minuscule, dernier bastion de défense après qu’un à un, chemises et caleçons, t-shirts et soutiens-gorge, maillots et camisoles (bien que, adhérant aux corps mouillés dessinent de manière voyante ce qu’on prétend cacher) sont tombés, ce petit triangle exhibé comme le triomphe du compromis, quand enfin on l’abandonne, eh bien ça fait la différence ! La nudité intégrale à la mer est presque évidente : à quoi bon cacher ce que nous tous avons ; mais pourquoi ne le serait-elle pas aussi dans les promenades au milieu des bois en exposant au soleil la peau que le froid de l’hiver a contractée ?
Ce que Christiane sait depuis son enfance et ce que savent tous ceux qui ont eu la chance – le courage, si vous voulez – de laisser libre le corps à la chaleur de l’été, c’est l’agréable sensation d’une immersion totale dans la nature qui nous accueille, innocente elle aussi comme nous le sommes, dans le vent qui joue sur notre peau, dans la fraîcheur des plantes qui embaument l’air de leur fragrance, caressant têtes, jambes, bras, ventre et sexe.
Lorenzo enfin n’est plus seul dans ses promenades sur les corniches et les sentiers de l’île. Ils grimpent tous les deux dans les sentiers raides, courent l’un après l’autre dans les bois, se perdant dans les anfractuosités. Ils nagent ensemble et l’eau, complice, accueille leurs caresses favorisant les desseins de la nature. à suivre
Publié le 11 Mars 2018
Cette nouvelle fait partie du recueil :
L’inganno dell’apparenza Ibiskos editrice, Empoli (FI) 2014.
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Au contraire des touristes envoûtés par l’île mais attirés par les seules apparences, un regard curieux décèle les signes d’années lointaines. Sur la paroi extérieure d’un édifice à l’abandon sur la pente raide qui mène à la place du village, est visible encore, oublié comme l’est la maison en ruine, un poster décoloré rassemblant des photos à grand peine lisibles : des hommes et des femmes accoutrés d’improbables costumes de scène, des couvre-chefs bizarres, des robes-manteaux, des sceptres en papier argenté, des couronnes d’étain. Ils apparaissent, tous, en proie à une kermesse frénétique conscients que, seul sur cette île, il est admis d’enfreindre les règles de la vie civile.
En montant un peu, un autre édifice, portes et fenêtres clouées, semble garder encore l’air de malice d’autrefois. Sur la porte, on peut encore voir l’enseigne La Source : source allusive de quoi ? Du plaisir, de la joie de vivre, de la transgression, de l’eau fontaine rafraîchissante de la vie ? Quel soin aura mis le propriétaire d’alors pour rendre ces lettres en fer forgé colorées et séduisantes : « Entrez ! ici tout est léger, tout coule comme l’eau pure d’une source de montagne. » ? Elles ne sont maintenant que le dernier signe d’un luxe perdu. Peu à peu tout a commencé à s’abîmer après que le dernier tour de clé eut été donné dans la serrure. La poussière a couvert pièces et décor, que le regard d’un œil, léger quoique indiscret, aperçoit au-delà des vitres sales, jetant tout dans l’abandon. Dehors des roseaux qui servaient à l’époque de protection à des niches discrètes déploient au vent d’inutiles fraîcheurs.
C’est ainsi qu’à côté des petites villas nouvelles, des restaurants, des maisonnettes offertes en location pointent ici là des ruines, des épaves témoins d’une époque révolue. à suivre
Publié le 5 Mars 2018
Publié le 4 Mars 2018
Cette nouvelle fait partie du recueil :
L’inganno dell’apparenza Ibiskos editrice, Empoli (FI) 2014.
Les jours s’écoulent, l’intimité augmente sans pour cela aller jusqu’à franchir de part et d’autre le seuil d’une possible complicité. Lentement, le visage apparu au premier abord dur, voire hargneux, se perd dans l’ancienne beauté. La beauté de la femme qu’elle fut. Celle qui transparaît – et le nouvel habitant de la chambre, intrus malgré lui, l’a bien remarqué – d’une photo décolorée attachée à un clou rouillé. Le verre sale laisse à peine deviner deux silhouettes souriantes avec en arrière-plan une mer bleue. Lorenzo a essayé d’y passer la serviette mouillée pour mieux voir. Christiane est très jeune ainsi que l’homme à côté d’elle. Ils regardent tous deux l’appareil, ils regardent Lorenzo. Le sentiment de violer une intimité s’empare de lui, il n’en est pas digne. « Qui est cet homme ? Il est mort ou parti ? Quelle peut être l’histoire qui les a liés ? Certes de la joie et du chagrin : Christiane est seule ! Est-ce l’abandon qui l’a rendue hargneuse et indifférente, à laisser tout pourrir, ne rien sauver du temps du bonheur ; ne rien jeter, laissant l’inutile d’aujourd’hui se superposer aux vieilleries du passé ? Un nouveau sans histoire à un vieux dense de souvenirs, jusqu’à ce que l’un, s’amoncelant en vrac sur l’autre, efface toute trace du passé. »
Il a l’impression que l’histoire inconnue de Christiane se confond avec celle, également inconnue, de l’île entière.
Publié le 4 Mars 2018
Petit concert ce samedi 3 mars 2018. Merci à Nicole et Eric d'avoir accueilli ces artistes chez eux à la Casaba.
Aliette et Florence avec leur Alto
Eva et Pierre-Eric avec leur violon
et Thierry au violoncelle
ont joué devant une trentaine de levantins le Quintette à cordes no 3 en mi bémol majeur, B. 180 (op. 97), d'Anton Dvorak
Merci aux artistes pour cette soirée musicale !
Et à l'association Le Levant Naturiste pour l'organisation de cet évènement.
Publié le 26 Février 2018
Publié le 25 Février 2018
Cette nouvelle fait partie du recueil :
L’inganno dell’apparenza Ibiskos editrice, Empoli (FI) 2014.
Le soir, les lumières éteintes, la chambre de Christiane est encore plus délabrée, mais c’est la lune de la nuit claire qui facilite le sommeil de Lorenzo : les étoiles étincelantes dans un ciel bleu de transparences. Dans le sommeil, les présences insolites de la chambre habitent ses rêves, petits bonshommes pétulants à l’instar du chant obsédant du petit duc qui répète à rythme régulier son appel lancinant à un partenaire inconnu.
Au matin, il rencontre Christiane sortant sans vergogne de la douche à ciel ouvert. Lorenzo a pu se familiariser tant avec les espaces intérieurs qu’extérieurs de la maison. Le silence, l’absence d’autres personnes lui ont fait comprendre qu’il est le seul hôte et que la chambre occupée n’est que la propre chambre de Christiane que hantent ses souvenirs. Nullement embarrassée par sa nudité, elle accueille son visiteur avec un sourire et un bonjour qui sonne comme une invitation pour que, au-delà de la formule rituelle la journée soit bonne. Encouragé et toujours plus curieux, Lorenzo saisit l’occasion pour tenter de trouver la clé d’accès à ce monde qui depuis à peu près vingt-quatre heures est devenue sa résidence. Le site tout autant que son habitante solitaire est dense de mystère.
Dans la matinée ensoleillée, la parole trouve plus facilement ses espaces. L’un que la curiosité pousse, l’autre sur qui pèse un silence trop prolongé, à la faveur d’une nature nue comme leurs corps désinhibés, l’échange devient de moins en moins formel. Non ! sa chambre n’est pas sur le marché des locations. C’est sa propre chambre habitée par ses souvenirs. Lorenzo est le premier étranger à y mettre pied.
Publié le 23 Février 2018



