"Derrière le plaisir du nu : Christiane" de Riccardo de Sangro 7/9

Publié le 18 Mars 2018

Cette nouvelle fait partie du recueil :

 L’inganno dell’apparenza Ibiskos editrice, Empoli (FI) 2014.

Ci-dessous les liens pour les épisodes précédents

1

2

3

4

5

6

   La maison de Christiane aussi a dû être belle et resplendissante ainsi que sa patronne quand elle partageait l’amour avec l’homme de la photo.

   Il est curieux, Lorenzo. Les photos sur la paroi de l’immeuble délabré et plus encore le silence opiniâtre de la propriétaire l’intriguent. Le soir sous la douche après la baignade, il interpelle Christiane.

   « Oui – dit-elle – il y a eu un temps où nous, les rares habitants de l’île avons pris plaisir à nous baigner à poil, à laisser jouer le soleil sur notre corps, à nous promener dans les sentiers caressés par le vent. Il n’y a pas des parties de notre corps moins dignes que d’autres. La pudeur était placée ailleurs : on peut être beaucoup plus impudiques en révélant à d’autres nos plus intimes mouvements de l’âme tout en restant habillés que de montrer nos innocentes nudités. »

   « Était-ce le temps – risqua-t-il – de la photo que j’ai vue dans un cadre de la chambre ? »

   « Quelle photo ? – demanda-t-elle étonnée, et, d’un ton péremptoire – il n’y a pas de photo ! »

   Elle ne ment pas, se dit Lorenzo, c’est l’effet de refoulement qui produit ces amnésies. Sortant de la douche il prenait son temps dans l’espoir de quelque mot révélateur. Il n’osa pas insister respectant son silence.

   Ce fut pour Lorenzo la première d’une longue série de vacances passées sur l’île. Il en possédait désormais la clé, il n’était plus le voyageur étranger et dépaysé d’autrefois.

   C’était lui à présent qui guidaient ceux qui voulaient le suivre, fier qu’il était de montrer son minuscule continent nu. Et plus fier encore il le fut quand il y emmena sa nouvelle compagne Paola. Pour tous les deux, l’île dégage un charme nouveau. Toquade ? Suggestion ? Caprice ? Folie ? Ou exhibition morbide, étalage sans vergogne de sexes que la morale dominante veut à tout prix culpabiliser et cacher ? Ce qui est sûr c’est que le simple abandon de ce triangle plus ou moins minuscule, dernier bastion de défense après qu’un à un, chemises et caleçons, t-shirts et soutiens-gorge, maillots et camisoles (bien que, adhérant aux corps mouillés dessinent de manière voyante ce qu’on prétend cacher) sont tombés, ce petit triangle exhibé comme le triomphe du compromis, quand enfin on l’abandonne, eh bien ça fait la différence ! La nudité intégrale à la mer est presque évidente : à quoi bon cacher ce que nous tous avons ; mais pourquoi ne le serait-elle pas aussi dans les promenades au milieu des bois en exposant au soleil la peau que le froid de l’hiver a contractée ?

  Ce que Christiane sait depuis son enfance et ce que savent tous ceux qui ont eu la chance – le courage, si vous voulez – de laisser libre le corps à la chaleur de l’été, c’est l’agréable sensation d’une immersion totale dans la nature qui nous accueille, innocente elle aussi comme nous le sommes, dans le vent qui joue sur notre peau, dans la fraîcheur des plantes qui embaument l’air de leur fragrance, caressant têtes, jambes, bras, ventre et sexe.

   Lorenzo enfin n’est plus seul dans ses promenades sur les corniches et les sentiers de l’île. Ils grimpent tous les deux dans les sentiers raides, courent l’un après l’autre dans les bois, se perdant dans les anfractuosités. Ils nagent ensemble et l’eau, complice, accueille leurs caresses favorisant les desseins de la nature.            à suivre

  

 

Rédigé par HODIE

Publié dans #Artistes-écrivains

Commenter cet article