"Derrière le plaisir du nu : Christiane" de Riccardo de Sangro 5/9

Publié le 4 Mars 2018

   Les jours s’écoulent, l’intimité augmente sans pour cela aller jusqu’à franchir de part et d’autre le seuil d’une possible complicité. Lentement, le visage apparu au premier abord dur, voire hargneux, se perd dans l’ancienne beauté. La beauté de la femme qu’elle fut. Celle qui transparaît – et le nouvel habitant de la chambre, intrus malgré lui, l’a bien remarqué – d’une photo décolorée attachée à un clou rouillé. Le verre sale laisse à peine deviner deux silhouettes souriantes avec en arrière-plan une mer bleue. Lorenzo a essayé d’y passer la serviette mouillée pour mieux voir. Christiane est très jeune ainsi que l’homme à côté d’elle. Ils regardent tous deux l’appareil, ils regardent Lorenzo. Le sentiment de violer une intimité s’empare de lui, il n’en est pas digne. « Qui est cet homme ?  Il est mort ou parti ? Quelle peut être l’histoire qui les a liés ? Certes de la joie et du chagrin : Christiane est seule ! Est-ce l’abandon qui l’a rendue hargneuse et indifférente, à laisser tout pourrir, ne rien sauver du temps du bonheur ; ne rien jeter, laissant l’inutile d’aujourd’hui se superposer aux vieilleries du passé ? Un nouveau sans histoire à un vieux dense de souvenirs, jusqu’à ce que l’un, s’amoncelant en vrac sur l’autre, efface toute trace du passé. »  

  Il a l’impression que l’histoire inconnue de Christiane se confond avec celle, également inconnue, de l’île entière.

Rédigé par HODIE

Publié dans #Artistes-écrivains, #La vie locale

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