Publié le 16 Novembre 2015
Articles avec #colonie penitentiaire tag
Publié le 13 Novembre 2015
Extrait du "Jahandier"
La route qui y* conduit part de la colonie. Bordée de pins, elle traverse ce qui fut autrefois un parc superbe, s'étageant en face de la mer. Le château lui-même est entouré d'un fouillis étrange de plantes exotiques : palmiers, agaves, figuiers de Barbarie, mimosas, grenadiers, lauriers-roses, tous pêle-mêle, vigoureux, redevenus sauvages sous le climat quasi africain de l'île (1). Tout cela est navrant d'abandon ; bien plus lamentable cependant est l'intérieur de cette habitation, qui montre encore les traces de la magnificence d'autrefois.
Les grandes portes à volets, tombées, arrachées par la violence du vent, pourrissent dans les herbes folles. L'on entre dans une vaste salle au plafond craquelé, jonchant le parquet de ses débris : c'est l'ancienne salle de billard, dont il ne reste plus que les morceaux du marbre qui a été brisé ainsi que le cheminée. Ailleurs dans les cuisines, les éviers ont été descellés et laissés sur place. Dans toutes les pièces, c'est le même délabrement. Tout s'écroule dans cette riche demeure. Les escaliers s'effondrent, on n'oserait les gravir. A l'extérieur, un escalier tournant en fer conduit sur une terrasse d'où la vue est splendide sur les trois îles et sur le littoral, où se dessinent les vallonnements pittoresques de la chaîne des Maures. ON distingue parfaitement le Lavandou ainsi que le cap Bénat, le fort de Brégançon et la ville d'Hyères. (2)
Un petit bâtiment, voisin du château, renferme la chapelle, complètement vide et ruinée aujourd'hui. Des soldats de l'infanterie de marine ont logé dans le château ainsi que dans la colonie ; ils n'ont laissé, en souvenir de leur passage, que des graffiti de corps de garde charbonnés un peu partout sur les murs.
* au château
(1) Citons parmi les plantes acclimatées dans ce jardin par l'éminent horticulteur-botaniste belge J. Linden, beau-père de M. Otlet et subsistant encore actuellement : des palmiers des genres Chamerops et Phoenix, plusieurs espèces de Pittosporum, d'Agave et de Yucca, puis Polygala myrtifolia L., var. grandiflora Hook., Melianthus major L., Oxalis floribunda Link et Otto, Euonymus japonicus Thum., Acacia dealbata Link, A. relinoides Schlecht., A. cyanophylia Benth., Eucalyptus rostrata Schl., E. Lehmannii Benth., Melaleuca ericifolia Sm., Opuntia cylindrica D. C., Delairea scandens Lem., Phlomis fruticosa L., Tecoma jasminoides Lindl., Quercus Mirbeckii D. H., Dasylirion glaucum Carr., D. gracile Zucc., Doryanthes excelsa R. Br., Cupressus sempervirens L. et Casuarina equisetifolia Forst.
(2) Actuellement, il est peu prudent de monter sur cette terrasse
Publié le 10 Novembre 2015
Chronologiquement, c'est bien l'article n°2 qui se situe avant la brochure de Paul Otlet
Dans le FIGARO des 2 et 3 janvier 1867, le journaliste Rocher relate une visite à l'île du Levant avec le comte de Pourtalès-Gorgier la veille du procés de la révolte du pénitencier
Publié le 2 Novembre 2015
Lors de balades dans la réserve naturelle des Arbousiers, on peut apercevoir à travers le portail de la zone militaire proche de la Pinède, la pancarte "piste du Château".
C'était le nom donné à la grosse bâtisse construite au dessus du Grand Avis face à la pointe des Jarres par le comte Henri de Pourtalès-Gorgier, propriétaire de l'île du Levant (acquise le 6 août 1856 à Melchior de Grivel). Il obtint l'autorisation d'ouvrir une colonie pénitentiaire, la colonie de Sainte-Anne le 8 janvier 1861.
Cette belle bâtisse, dont le bâtiment principal, haut de 2 étages, présentait trois fenêtres par étage côté nord comme côté sud avec une aile ouest comportant un étage au-dessus du rez-de-chaussée surmonté d'une terrasse accessible par un escalier extérieur en colimaçon. Dans cette partie se trouvait l'écurie.
La vue côté nord était imprenable, elle allait du Cap Camarat en passant par le Lavandou, Bormes, Hyères, jusqu'à la presqu'île de Giens pour finir à Porquerolles.
La face sud donnait sur un jardin botanique de plantes exotiques. Deux bâtiments étaient à l'écart du château, l'église et la maison du garde.
Ce "château" servait de logement au directeur de la colonie ainsi qu'au comte et à sa famille lors de leur séjour sur l'île.
Vous découvrirez lors de ces articles, différents textes se rapportant à ce château ainsi que des cartes postales et photos du XIXe, du XXe et de l'époque naturiste des docteurs Durville.
Sources de ce texte :
"Les enfants de l'île du Levant" Claude Gritti, Ed. JC Lattès 1999 page 375
"Des Maures aux îles d'Or", Claude Gritti., Auteur-Éditeur 1989 pages 169 et 170
Publié le 15 Septembre 2011
Appartiennent à l'état en mai 1850, les 65 hectares de la batterie de l'Arbousier, les terrains du phare du Titan et la parcelle où sera construit le sémaphore.
Cette même année, M. Balahu de Noiron achète les 937 hectares appartenant au marquis de Las Cases. Il y établit des chemins, répare les maisons ruinées et fait défricher près de 400 hectares de terrain. Il a aussi l'idée de créer une société de copropriétaires pour la mettre en valeur mais tout est ensuite contrarié par les démêlés de son fils avec le ministre des Armées. (voir la Notice sur la Société des co-propriétaires de l'Ile du Levant avec un aperçu de l'histoire, de la topographie, des moyens d'exploitation et de la variété des produits agricoles, industriels et maritime de cette île) >>> Je suis à la recherche de ce document .
Le 16 décembre 1853, M. de Noiron revend l'île du Levant à Melchior de Grivel.
Le 6 août 1857, le comte Henri de Pourtalès achète l'île du Levant et, après autorisation, décide d'y établir la colonie agricole et pénitentiaire de Sainte-Anne pour jeunes détenus qui ouvre 8 janvier 1861.
Ce pénitencier était prévu pour 250 à 300 personnes. L'ensemble était encadré par un directeur, assisté d'un aumonier,d'un médecin, d'un greffier, d'un économe et de douze gardiens éducateurs sous contrôle de l'Etat et en relation avec l'adjoint spécial des îles.
Chaque détenu apprenait à lire, à écrire et un métier (agriculteur, maçon, maréchal-ferrant, tonnelier, menuisier, etc..).
Dans le grand bâtiment de la colonie agricole, on trouvait des réfectoires, des dortoirs et quelques cellules. Les autres bâtiments abritaient l'exploitation agricole et l'école professionnelle. A la fin de leur apprentissage, les détenus avaient acquis un métier et devaient recevoir le salaire gagné pendant leur séjour.

maquette des bâtiments de la colonie pénitentiaire de Sainte-Anne de l'île du Levant
réalisée par Claude Gritti et Jeannot Raybaud
(salle de restaurant de la base vie de la DGA Essais de Missiles)
Travaillant plus de 12 heures par jour, ces jeunes, étaient mal nourris, subissaient des brimades, des mauvais traitements, des sévices, des maladies (avec une précarité des soins) dont certains en mourraient, ce qui amena certains jeunes à faire des tentatives d’évasion.
De nombreuses révoltes jalonnent les 19 années d'existence de cette maison correctionnelle.
La plus grave fut celle du 2 octobre 1866 qui fit quatorze victimes.
Le comte de Pourtalès mourut le 30 juillet 1876. Deux ans plus tard, en 1878, ses héritiers se défirent de l'île et de ses deux cent détenus en la vendant à un belge, Simon Philippart.
La fermeture définitive du pénitencier de Sainte-Anne intervint le 23 novembre 1878. Mille cinquante-sept détenus y avaient été internés, quatre-vingt-dix-neuf y étaient morts et enterrés dans le cimetière du Levant.
Une stèle leur rend hommage dans le petit cimetière de l'ïle du Levant grâce à Claude Gritti et au personnel du CELM (en 1994, Centre d'Essais Lance Missiles).
"Pour ces enfants, plus victimes que coupables, ayons une pensée émue, et, amis naturistes, lorsque vous gambadez sur cette île du Levant, souvenez-vous que ce paradis a été un enfer pour de nombreux adolescents. Marie Rouannet." *

Inauguration de la stèle des enfants et des habitants du Levant en 1994
Sources :
Claude Gritti
-Bref historique des Iles d'Or
-Des Maures aux îles d'Or
-Les Enfants de l'île du Levant, Éditions Jean-Claude Lattès (1999) et Livre de Poche
*Marie Rouannet
La justice pour jeunes "enfants-adolescents" dans la seconde moitié du XIXe
Histoire-Généalogie, la vie et la mémoire des hommes
Pierre Quillier
Articles dans les revues municipales d'Hyères-les-Palmiers n°125 et 127 : "La colonie agricole Sainte-Anne sur l'île du Levant" et sur le site du musée de l'eau 1ère partie et 2ème partie
Les Iles d'Hyères, monographie des îles d'Or, Emile Jahandiez, 1929


















