Nous avons appris la disparition de Jean-Luc Alziary à l'âge de 85 ans survenue le 29 mars 2022.
Sincères condoléances à sa famille et à ses proches.
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Il a été instituteur au Levant puis à Port Cros. Il était l'un des membres fondateurs d'Agir Ô Levant en 1994 avec Laurette Alario.
Il était très actif dans la rédaction des Cahiers du Levant.
Ci-dessous, un extrait de l'article qu'il avait rédigé pour le cahier du Levant n°6 PHARE DU TITAN.
Février 2015, nous nous rendons, Laurette et moi au domicile des époux Montagnon. Gilbert Montagnon, ancien gardien du phare du Titan, et sa femme, Charlotte, semblaient très heureux de raconter les moments “incroyables” qu’ils avaient vécus sur l’île du Levant.
Ils nous parlent des individus “hors normes” qu’ils y ont rencontrés.
Cette rencontre a été un grand plaisir pour moi aussi, car j’habitais sur l’île du Levant en tant qu’instituteur à cette époque.
Mon histoire : Fraîchement sorti de l’école normale de Draguignan en 1958, je choisis un poste sur la côte varoise et on m’attribua l’île du Levant.
Je suis arrivé pour la première fois sur l’île en juillet 1958. Je pris possession de ce poste fin septembre de cette même année. Après avoir fait viser par l’Adjoint Spécial, Monsieur Jacquier, mon certificat d’installation d’instituteur sur l’ île du Levant, je commençais ma fonction avec une classe unique de huit élèves. Il y avait : une petite Noëlle, gardée par Madame Bénit, les enfants Pichot Lucien (de son nom de résistant), Frets Verhees, Jean-Michel Diligent, fils de la compagne du gardien de phare François Diligent, … les autres, je ne m’en rappelle plus. *
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Anecdote : "Un jour, un gendarme-maritime vient me trouver à l’école pendant la classe. Il me dit :
- Il faut que je vous parle… pas devant les enfants, dehors dans la cour.
- Ah bon !
- Il y a des espions !!! Si vous voyez quelqu’un d’étrange, un espion par exemple…, il faut me le dire.
- Oui, bien sûr !
- Mais il faut me le dire… à moi !!
- … !
Après j’ai appris que c’était des manœuvres…"
Autre anecdote : épisode raconté plus loin par Gilbert Montagnon, lors de son témoignage.
J’ai assisté, moi aussi, à une incroyable dispute entre Paul et Georgette Benit et à l’épisode de “la fourchette”, au cours d’un repas avec de nombreux levantins dont Gilbert Montagnon, Alain Billerot, Monique Watteau, Bib, Hub et Diny Verhees…
Au 1er janvier 1959, j’ai été appelé sous les drapeaux et je suis immédiatement parti pour l’Algérie. Ma fonction d’instituteur sur l’île du Levant s’est arrêté au bout de trois mois.
C’est Madame Denise Viale qui m’a succédé. **
En avril 1961, au bout de 18 mois sous les drapeaux, j’ai été nommé à Port-Cros alors que je n’avais pas encore fini ma période militaire.
Je suis resté instituteur à Port-Cros un an et demi.
Mes élèves étaient encore Frets Verhees, mon plus jeune élève, car ses parents travaillaient à l’Hostellerie Provençale chez la famille Anger. J’avais aussi les quatre enfants Anger, Raymond Tolari et une petite orpheline qui était élevée par les gardiens de la maison du chapelier Jean.
Pour conclure, l’île du Levant c’était le “farwest général” et Port- Cros, le moyen-âge avec la Dame aux pieds nus : Madame Henri, cheveux tirés et macaron, qui recevait les grands de ce monde : André Malraux, Bernard Buffet… et plein d’autres intellectuels, en marchant pieds nus !
Jean-Luc Meiffret-Alziary
* Les enfants de l'école pour l'année 1958-1959 étaient :
Bonneau Annie, Murino Jean, Granier Christian, Pichaud Edmond, Verhees Fretz, Sanchis Michel, Guégan Dominique, Roussel Tristan, Guégan Jean-Patrick et Boulard Catherine.
Pourtant pourfendeur d’Amazon, une bouilloire à l’agonie nous contraint à l’achat en ligne. Pourquoi avoir succombé à cet achat alors qu’il suffisait de faire chauffer l’eau dans notre vieille casserole en aluminium ?
par Jacky Durand
Libération publié le 27 février 2022 à 9h25
La bouffe, c’est aussi l’art de cultiver nos propres paradoxes. Ça fait quinze jours que l’on est sur une île où la récup tient de la nécessité et de l’art de vivre. Ainsi, on n’est pas peu fier d’avoir exhumé de l’oubli un bonne vieille casserole en aluminium martelée de la marque Unis France. L’ancêtre a fière allure avec son couvercle de 20 centimètres. Elle a dû en voir passer des frichtis du siècle dernier. Désormais, on a d’yeux que pour elle quand on cuit les pâtes et les patates pour un régiment.
Eloge de la lenteur frugale
On l’astique et on la bichonne d’autant que l’on est admiratif de son histoire. Elle vient de la manufacture métallurgique de Tournus (Saône-et-Loire), fondée en 1910. Comme l’a racontée une ancienne enseignante de la ville dans un documentaire, le vignoble bourguignon était à l’époque en pleine crise à cause du phylloxéra et il s’agissait de créer des emplois en produisant des objets en aluminium. Durant la Première Guerre mondiale, la «Manu», comme on l’appelait, produit les boîtes à fricot des poilus. A son apogée, l’usine compte plus de 700 salariés. A la suite de rachats successifs, la Manufacture métallurgique de Tournus va devenir Téfal en 1986 et Tournus Equipement.
Et voilà t’y pas que l’on prend en grippe la bouilloire électrique qui n’en finit pas d’agoniser (faux contacts, bec verseur tordu…) après des hectolitres de café soluble. Il faut la remplacer. Ailleurs que dans notre bout du monde, on aurait poussé la porte de la quincaillerie ou du Darty du coin. Ici, il faut attendre un prochain retour sur la terre ferme. Ben non, on est pressé alors que, paradoxalement, tout ici, entre le ciel, la mer et le maquis sauvage vous invite à prendre votre temps, suggère l’éloge d’une lenteur frugale.
Complexité du temps présent
Commander une bouilloire par Amazon ? Non, mais vous n’y pensez pas ? Ben si, nous le pourfendeur du géant de la vente en ligne, on s’y résigne. Mais en bon faux-cul, on passe par le compte d’un tiers. Deux jours plus tard, la rutilante bouilloire électrique débarque dans le délicieux petit bureau de poste de l’île. On la déballe, enthousiaste, et on la pose sur le plan de travail de la cuisine, juste à côté de notre vénérable casserole.
Et soudain, on se sent piteux : pourquoi avoir acheté cette bouilloire alors qu’il suffisait de faire chauffer l’eau pour notre jus de caserne dans notre casserole de la «Manu» ? Il y a des jours comme ça où l’on passe à côté d’une évidence, aveuglé par nos ambiguïtés face à la complexité du temps présent.