Heri et Hodie 2/3

Publié le 7 Janvier 2024

Riccardo di Sangro,
impressions d'un séjour lors de l'été 2023

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Heri et Hodie 2/3

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 Bien des années passèrent où les contraintes du quotidien forcèrent aux choix raisonnables, carrière, paternité, vie sociale, et l’emportèrent sur toute velléité imaginative.           Pourtant le rêve de cette île dont le récit m’avait si profondément touché, résistait quelque part, caché.
 Bien plus tard, en vacances avec une amie à Boulouris, je lui propose une excursion au Levant – c’est bien d’elle que je parle – qui n’est pas trop loin. Une heure de voiture et on est au Lavandou. Elle résiste, j’insiste, rien à faire ! Je pars seul, je ne pouvais pas laisser passer l’occasion. Je gare en vitesse la voiture au port du Lavandou au risque d’un PV. Embarquement, traversée d’une petite demi-heure et me voilà arrivé !


 Ce fut mon premier contact : J’ai vécu ces premières heures de la matinée et de l’après-midi, comme hypnotisé. Un bien-être inconnu et répondant exactement à des exigences latentes comme si tout mon être attendait depuis toujours dans les profondeurs d’un espace inexploré la révélation de ce dont il pressentait l’existence.
 J’y revins ! A intervalles irréguliers pendant longtemps : une semaine, dix jours pas plus, à chaque fois le cœur oppressé par la peur de ne plus y revenir. Et à chaque fois, la vue des paréos voltigeant dans l’air embaumé, l’odeur de la mer dans les narines, la vue éblouie, le plaisir du corps que tout entier le vent et l’eau caressent, sont des attraits auxquels on ne saurait plus se soustraire.

 Depuis quelques années, l’île est le site privilégié de nos vacances. Pas mal de choses ont changé dans ce long laps de temps. Des personnes avec qui j’avais échangé quelques mots de sympathie au-delà de l’échange traditionnel du bonjour, ont disparu, d’autres ont vieilli. Des villas abandonnées percent, avec leurs tuiles de brique, les branches d’arbres de jardin désormais inhospitaliers, d’autres, nouvelles, émergent dans l’enthousiasme de nouveaux propriétaires.
 Mais tout cela est dans l’ordre des choses. Quelque chose de plus subtil m’a touché dernièrement et qui donne un ressenti différent.

 L’île est depuis longtemps – tout le monde le sait – un paradis naturiste, où règne la plus grande liberté dans les façons de s’habiller ou plutôt de se déshabiller. On dirait que la règle de ne pas être obligé de cacher des parties de son corps, déclenche caprices, fantaisies, lubies dans les choix de ce qu’on endosse, pour le plaisir de montrer sans montrer, de voiler pour suggérer, de laisser transparaître sans étaler, quand on a envie d’abandonner le nu intégral. Exactement l’envers de ce que font les textiles : maillots et vêtements que la mode s’acharne à proposer d’année en année toujours plus audacieux clignant l’œil subrepticement à leurs clients potentiels prêts à rénover la garde-robe du prochain été et sûrs – mais est-ce qu’ils le sont vraiment ? N’y aurait-il pas plutôt connivence ? – d’avoir su respecter la pudeur : feindre de se couvrir, pour mieux mettre en évidence. 

à suivre...


 

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