La création d'Héliopolis (2)

Extrait de l'article "Histoire du Naturisme" paru en 3 parties dans les numéros 11,12 et 13 (1956-1957) de la Revue Naturiste Internationale. Cet article n'est pas signé, mais semble avoir été rédigé par J.A. Foex.

Les pionniers enthousiastes débarquent au Levant dans le cours de l’été 1931. Le soleil fait rage. L’immense bruissement des cigales accueille les hommes prenant pied sur l’île promise, sauvage, vierge, couverte de maquis, de pinèdes, grande comme un monde.

Tout est à faire, cela n’ira pas tout seul. Du fort Napoléon, propriété des docteurs Durville, dont la masse domine la situation, les directives lancées disciplineront la ruée vers l’or solaire, le véritable « western » qui se joue, les sources ensevelies sous la rocaille et les fourrés, creuser ou édifier des citernes. Ensuite, ouvrir des chemins, amener des matériaux de construction, autrement dit organiser les transports entre la côte et l’île. Deux bateaux y pourvoiront : le Ben-Hur d’illustre mémoire, et le Saint-Hilaire.

Les lapins de garenne, délicatement nourris d’arbouses, et les oiseaux de mer s’enfuient, affolés : le moteur d’une camionnette fait trembler les bruyères. Une autochenille s’enfonce vers la pointe nord-est de l’île et, surmontant tous les obstacles sur dix kilomètres, découvre le Jas-Vieux, les admirables calanques de Gardane.

On entreprend la construction d’une boulangerie, de magasins généraux, de restaurants. L’ancienne Batterie des Arbousiers se transforme en habitation et on ouvre une librairie-papeterie.

1932e
La boulangerie en construction vue du fort Napoléon
extrait du DVD, la naissance d'Héliopolis 1931-1932,
une production du Syndicat d'Administration d'Héliopolis 

 

1932. La crise n’épargne pas les naturistes. Mélancoliques petites annonces : « Naturistes touchés par la crise céderaient sur l’île du Levant salon de thé, restaurant naturiste, hôtel meublé. »

Néanmoins, l’élan n’est pas rompu. Les bulletins rendant compte de la naissance progressive de la cité du soleil gardent un ton optimiste.

« Les premiers toits du village naturiste émergent du maquis, semant de taches rouges la délicate verdure des bruyères géantes et des arbousiers centenaires. La volonté réalisatrice a triomphé des obstacles. Et quels obstacles ! la pluie, la tempête, la fureur des éléments et parfois aussi, il est douloureux de le dire, l’envie, la jalousie, la haine des hommes eux-mêmes. Ce qu’auront été les efforts de ces pionniers, perdus dans une île aussi longtemps déserte, l’histoire de la création d’Héliopolis, que nous écrirons un jour, si nous en avons le temps, le dira. »

La commune d’Hyères, dont l’île du Levant dépend administrativement, délègue un adjoint spécial. Des tonnes de matériaux s’entreposent au port du Grand-Avis, qui restera pendant plus de quinze ans le point de débarquement avant de se voir préférer l’Ayguade.

Milliers de parpaings, briques, de « pignattes provençales », sacs de ciment, de plâtre, matériaux accessoires. Deux cent cinquante tonnes ont franchi la mer la première année. Et, jour et nuit, au fur et à mesure de la création des routes dans le domaine, ces matériaux ont été transportés vers l’Ayguade, d’abord à dos d’âne (le projet du petit éléphant a été abandonné), puis dans des voitures à traction animale, puis à l’aide de plusieurs camionnettes.

Vingt-cinq maisons sont là pour témoigner de l’effort accompli : Fort Napoléon et ancienne Batterie restaurés, boulangerie Sadaune, bungalows et maisons des premiers propriétaires, le colonel Gell, Mmes Duret, Lutz, Constans, Tayot, MM. Besancenot, Evrard, de Noircarme, Lassalle, etc.

Dès les beaux jours, des douzaines de tentes se dresseront dans les pinèdes.

Il ne serait pas équitable de ne pas reconnaître l’ampleur du mouvement et surtout l’indéniable ferveur qui a fait sortir du néant la Cité Naturiste.

Août 1931

Sans doute fut-ce à cette époque que l’île du Levant posséda au plus haut point son charme extraordinaire, sa délicieuse séduction de terre perdue en haute mer, d’île si vaste, si déserte, livrée au soleil et aux cigales ivres.

On y débarquait avec ses vivres, son matériel, comme s’il se fut agi de s’installer sous les tropiques, au bout du monde. Quarante-huit heures sur l’île, c’était une aventure, pas encore un week-end.

En août 1931, quatre cents adeptes venus de tous les coins de France, de Belgique et de Suisse établirent sous les pins et les arbousiers, du Grand Avis vers la Figueraie, leurs quartiers naturistes. M. Marcel accueillait les campeurs qui pouvaient prendre leur repas au restaurant végétarien du Rond-Point. Les sédentaires montraient non sans satisfaction aux visiteurs, 20 km de chemins carrossables, cent villas et bungalows en achèvement ou en chantier. Deux bateaux et quatre camions circulaient sans relâche.

Les esprits romanesques s’enthousiasmaient pour la recherche des trésors qu’on disait enfouis près du Castelas. la découverte d’amphores phéniciennes excitait le zèle et le plaisir des chercheurs.

En mars 1932, la Société d’Entreprise des Iles d’Or annonçait la découverte de deux nouvelles sources (les vraies richesses !). Les pouvoirs publics prenaient acte de l’accroissement de population –permanent ou saisonnier- de l’île et mettaient à l’étude la création d’un bureau de poste et d’une école. Les voyageurs pouvaient bénéficier pendant l’année de l’ouverture de deux hôtels comptant 75 chambres.

 

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