1933 : Au pays des nudistes, une tempête de procès sur l'île du Levant, colonie naturiste

Publié le 2 Novembre 2011

 

Article dans Le Matin n°18135 du lundi 13 novembre 1933
http://gallica.bnf.fr/ 

Au pays des nudistes
Une tempête de procès sur l’île du Levant, colonie naturiste

 

Il est quelque point dans un décor de féérie, une île où chante un éternel printemps et à ce point privilégiée de dieux que les hommes qui l’habitent ont renoncé aux conventions sociales et aux préjugés d’une trop vieille civilisation pour vivre libres et nus, éclaboussés d’eau de mer et de soleil, une existence paradisiaque.

Point là-bas de redingote, ni d’obligations mondaines ; d’écharpes officielles ni d’entraves légales ; plus de ceinturon ni de garde champêtre, de toge ni de légistes, ni bonnets pointus ni médecins, mais seulement des slips et pour les dames des soutien-gorge, une urbanité charmante jointe au plus heureux laisser-aller.

C’est en Méditerranée, à trois quarts d’heure du Lavandou, la plus orientale des îles d’Or, l’île du Levant, le pays des nudistes qui a pour capitale Héliopolis.

Ce lieu privilégié a été conquis au naturisme à coups d’actes notariés par les frères Durville, promoteurs infatigables du nudisme insulaire, qui déjà avaient installé une première colonie dans l’île de Villènes.

L’île du Levant n’est habitée que par les deux cent cinquante sans-culottes, leurs disciples et quelques pêcheurs qui mènent – à ceci près qu’ils le font sans doctrine ni conviction – une existence tout aussi patriarcale.

On aurait pu espérer que cette contrée heureuse ne connaitrait jamais, faute de magistrats et d’avoués, d’avocats et surtout de plaideurs, l’horreur des conflits juridique et la détresse des citations par huissier.

Hélas : cet espoir que l’on pouvait fonder sur le nouvel Eden s’est trouvé déçu et il a fallu reconnaître que si les nudistes de l’île du Levant n’avaient pas de poche, il s’était procuré des sacs de procédure.

Plusieurs procès sont actuellement engagés tant à Toulon qu’à Paris, entre les frères Durville et diverses personnalités.

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Collection Druard 11597
Le rond-point des Arbousiers avec la Pomme d'Adam à gauche et la boulangerie à droite

Le boulanger d’Héliopolis, notamment, M. Sadaune, qui avait obtenu pour 99 ans la concession de la fourniture du pain et de la pâtisserie aux naturistes nullement ennemis des raffinements de bouche, actionne les têtes de file du naturisme devant le tribunal de la Seine pour ne lui avoir pas, en réalité, assuré l’exclusivité absolue de l’approvisionnement insulaire.

En effet, un ancien naturiste, qui est à la tête d’un lotissement de 80 000 mètres carrés de terrain dans l’île a levé l’étendard de la révolte, remis chemise et pantalon et proclamé qu’il ne mangerait plus de ce pain-là.

Il semble, malheureusement pour le privilège du boulanger, que l’autorité nudiste n’arrivera jamais à ranger l’insurgé sous sa férule, à le déshabiller par ordonnance et à le nourrir du pain exclusif.

M.de Villerose, conseil ordinaire de l’Union des artistes, qui assiste le boulanger devant le tribunal de commerce de Paris,, représentera à Toulon un autre adversaire de MM. Durville. Celui-ci, M. Le Carpentier, concessionnaire du restaurant à l’enseigne « à la Pomme d’Adam » est, lui, au contraire cité par les frères Durville pour ne point assurer à des heures régulières la navigation entre l’île et la côte, dont il s’était chargé par surcroît. Il riposte en reprochant aux administrateurs de la colonie de lui avoir fait payer trop cher la construction de son restaurant.

A noter qu’outre les transports par mer, M. Le Carpentier s’était assuré pour 99 ans les transports terrestres dans l’île, ce qui donne une idée du développement mécanique promis au naturisme organisé.

1933 13nov Le Matin

 

Rédigé par HODIE

Publié dans #1930-1939

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