"Héliopolis, laboratoire social" un colloque ente le continent et l'île du Levant - résumé des présentations

Publié le 2 Juin 2018

Dommage que ce colloque n'ait pas lieu totalement sur l'île du Levant !

Ci-dessous les présentations de certains intervenants

 Julie Manfredini,

Photo :  Serge de Sazo pour La Revue Naturiste Internationale, Guide du Levant, 1957

La naissance d’Héliopolis, premier village naturiste français et européen

En 1931, Héliopolis ouvre ses portes sur l’île du Levant. Concrétisation d’un idéal de vie porté par deux médecins parisiens, ce village est une expérience unique en France et en Europe. Il s’agit d’explorer ici la pensée des frères Durville et son application auprès de quelques pionniers sur l’île du Levant. Les années 1930 seront particulièrement explorées, âge d’or de ce village naturiste permanent, reconnu par les autorités publiques. Nous explorerons la naissance d’Héliopolis, la vie quotidienne au sein du village et ses relations avec le public textile. Nous verrons également comment Héliopolis a pu renaître après la Seconde Guerre mondiale, malgré son nouveau voisin militaire et l’évolution de la pratique naturiste en France. 

 

Julie Manfredini est Docteur en histoire contemporaine et chercheuse associée à l’EIREST, a soutenu sa thèse sur Le rôle des Syndicats d’initiative dans la construction de l’identité française de la fin du XIXe siècle aux années 1970, en 2015 sous la direction de Pascal Ory. Elle s’intéresse particulièrement à l’histoire du tourisme, aux élites culturelles françaises, aux représentations identitaires et territoriales ainsi qu’à l’histoire culturelle et touristique de la région PACA. Avant sa thèse, à l’Université de Provence, elle a travaillé sur le village naturiste Héliopolis, dans le cadre de son Master I. En 2014, l'ouvrage intitulé "Héliopolis, une communauté naturiste sur l’île du Levant" est paru aux Editions C’est-à-dire.   

 

David Lorenté,

Photo :  revue Naturisme, circa 1930

De Physiopolis à Héliopolis

En 1927, l’île du Platais, à Villennes-sur-Seine, en région parisienne devient le premier terrain d’expérimentation du projet naturiste des frères Durville, André et Gaston. Baptisée « Physiopolis », cité de Nature en 1929, les projets initiaux d’aménagement sont ambitieux (bâtiments, stades, etc ….), cependant les réalisations seront rapidement revues à la baisse. La pratique gymnique et sportive est au cœur du programme, collective et inter-sexe, pratiquée sur le grand stade aménagé à cet effet, en semi nudité. Le succès de l’entreprise se confirme rapidement, on dénombre plus de 2.000 adeptes présents les dimanches ensoleillés. Issus pour la plupart de la bourgeoisie parisienne, ces nouveaux adeptes de la religion « Durvillienne » sont les ambassadeurs du nouveau programme « Héliopolis », sensiblement plus hédoniste que celui de Physiopolis. En quoi ces deux îles se distinguent-elles ?  

David Lorenté exerce en tant qu’ingénieur des systèmes audiovisuels et multimédia à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,et est, par ailleurs, photographe. Physiopolitain depuis une dizaine d’années,membre actif du comité d’exécution et d’animation de l’île, cet historien autodidacte écume les archives et collectionne de nombreux objets. Il met à disposition ses trouvailles à travers sa page facebook :

https://www.facebook.com/LedomainedePhysiopolis.

Jean Da Silva,

Photos :  Serge de Sazo, 1951

La levantine et les photographes 

Dès la Libération, nombre de jeunes femmes plus ou moins dévêtues ont sur l’île du Levant posé pour des photographes professionnels ou amateurs . Leurs images ont alimenté la presse illustrée, alors en plein essor : Paris Hollywood, Enquêtes, et la presse naturiste : Vivre d’abord !, La Vie Au Soleil, La Revue Naturiste Internationale.

Se construit ainsi collectivement l’image de la levantine qui revendique une liberté de comportement et s’émancipe des convenances et de la morale bourgeoise, imposées par un patriarcat soucieux de la bonne tenue de ses filles.  

La levantine fut incarnée par certaines : Flore Rousseau, Rita Renoir, Monique Watteau, Vicky Larra, Marie-France Raybaud et bien d’autres : danseuses, actrices, modèles pour photographies de charme.

Comme figure émancipatrice, la Levantine affirme une liberté corporelle et sexuelle construite malgré tout sous le regard d’hommes photographes ou journalistes. En quoi ce paradoxe répond-t-il à l’évolution des mœurs de l’époque ?

Jean Da Silva est Professeur des universités en arts plastiques et spécialiste de l’art contemporain à l’Université Paris I Panthéon Sorbonne, Jean Da Silva a travaillé sur l’œuvre de Marcel Broodthaers.

Il conduit actuellement des recherches sur l’esthétique des arts de soi, propre aux apparences et aux comportements corporels, publiques ou intimes. En 2009, il a publié Du velu au lisse, histoire et esthétique de l’épilation intime aux éditions Complexe.

Elise Dartois,

Photo :  Revue Naturisme, circa 1930

Végétarisme et régime carné dans la revue Naturisme des frères Durville : quel rapport àl’animal ? (1930-1939)

Héliopolis a été fortement marqué du sceau de ses fondateurs, André et Gaston Durville. Forts de leurs succès éditoriaux, les deux frères se lancent dans la création d’une revue dédiée au Naturisme quelques mois seulement avant le commencement d’Héliopolis.

Tirée à pas moins de 50 000 exemplaires, elle constitue une opportunité formidable de diffuser leurs préceptes dans un format plus spontané. Ainsi, les deux frères, dont leurs positions leurs ont d’ores et déjà valu des points de discorde avec l’ordre des médecins, publient-ils bimensuellement divers conseils d’ordre diététique et culinaire. A travers les menus journaliers, les recettes, les références d’ordre scientifique, le tout, ponctué de publicités pour leur maison d’alimentation végétarienne Madolin, on retrouve une dénonciation constante de la « suralimentation ». Symptôme d’une décadence moderne dont l’alcool, le tabac et la viande constituent la clef de voûte, la réprobation de certains modes d’alimentation renvoie, en miroir, à la promotion d’une forme de puritanisme alimentaire qu’il s’agit de questionner. La diète alimentaire du naturiste (d’Héliopolis) devrait-elle comporter de la viande?

Le prisme du culinaire nous permettra ainsi d’apporter un éclairage sur la complexité des rapports entre naturisme, végétarisme et ascétisme.

Elise Dartois est titulaire d’un master de recherche en histoire à l’Institut d’études politiques. Ses travaux récents portent sur l’histoire des rapports sociaux à l’animal dans la seconde moitié du XXème siècle. Elle prépare actuellement son sujet de thèse qui portera sur le végétarisme en Europe dans la seconde moitié du XIXème siècle. (Elle a récemment écrit un article portant sur L’Eglise, l’animal et le Concile du Vatican II en France (1962-1981), en attente de publication.)

Frédérique Desbuissons,

Photo :  La Revue Naturiste Internationale, février 1958

Une gastronomie pour Héliopolis ? 

La cuisine naturiste de Robert-J. Courtine (1956-1970)

La vie culturelle levantine a bénéficié après guerre d’apports souvent inattendus, le plus souvent par l’entregent de l’écrivain journaliste Jean-Albert Foëx, dont le rôle dans la vie littéraire tant parisienne que levantine est encore mal connu. Ainsi l’ancien collaborateur reconverti dans la critique gastronomique Robert-Julien Courtine publie-t-il de 1956 à 1970 une rubrique culinaire mensuelle dans La Revue naturiste internationale créée et animée par Foëx, dans laquelle la vie à Héliopolis est chroniquée avec constante et précision. Entrecoupés de photographies de jolies femmes nues, dont la majorité au Levant (les jolis hommes n’y font une percée qu’à partir des années 60), les textes de Courtine mêlent anecdotes, références cultivées, conseils et recettes, liés en ensemble par un ton primesautier tirant vers la gauloiserie. Par-delà l’opportunisme d’une contribution, aujourd’hui ignorée, du célèbre critique du Monde, ils apportent un éclairage inédit sur les réseaux de Foëx. Au-delà, ils témoignent de la persistance du rôle de la diète alimentaire dans les identifications naturistes. Le prisme du culinaire permet ainsi d’aborder l’hétérogénéité des pratiques du naturisme caractéristique de la période de sa démocratisation, qui est aussi celle des loisirs dans la France des Trente Glorieuses dont Héliopolis a représenté, sous bien des aspects, dont celui de la gastronomie, une forme quintessenciée. 

Frédérique Desbuissons est maîtresse de conférences en histoire de l’art à l’université de Reims Champagne-Ardenne et membre de l’équipe d’accueil Histoire culturelle et sociale de l’art (HiCSA). Ses travaux récents portent sur l’art et la culturelle visuelle de la gastronomie au XIXe siècle. Elle prépare un ouvrage sur les illustrations des livres de cuisine et de pâtisserie de Jules Gouffé et sur le devenir de la cuisine décorative à l’époque contemporaine. Elle a récemment publié : « La Cuisinière imaginée : illustration et genre dans les livres de cuisine domestique français du XIXe siècle », Contemporary French Civilization, 42/3-4, 2018 ; « Rosa Bonheur par Édouard Dubufe : portrait totémique d’une peintre butch », dans Pascale Linant de Bellefonds et Agnès Rouveret (dir.), Image et créatures hybrides dans le temps et l’espace, Les Belles Lettres/Presses universitaires de Paris Nanterre, 2017 ; « L’Étiquette éloquente. Le vin dans les éphémères de la Bibliothèque nationale de France », Revue de la Bibliothèque nationale de France n°53, 2016.

Rédigé par HODIE

Publié dans #Histoire, #Artistes-écrivains, #Naturisme

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