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Publié le 7 Avril 2020

Archives : Parc national de Port Cros

Analyse de cette carte postale faite par M. R. Burlet en 1992

En ce début de siècle, le cabotage à voile existe encore, aussi trouvons-nous sur cette carte un échantillonnage assez complet  de ce qui navigue  dans le bassin occidental de la Méditerranée....

Les numéros 1-3-4
Ce sont des tartanes, le petit caboteur à tout faire de cette mer. Les plus fortes n'excèdent pas une vingtaine de mètres et 100 Tx, les tartanes durèrent longtemps au XXe [En 1931, on en voit au Grand Avis débarquer des matériaux dans le film "La naissance d'Héliopolis"]
 

Le numéro 1 est pour ainsi dire le type d'origine, coque à arrière pointu, plutôt large, prévue pour le fret et non pour la vitesse. Le mât est planté presqu'au milieu de la coque et porte une voile latine, triangulaire, enverguée sur une antenne de grande taille qui est bien visible. La voilure est complétée par un flèche établie entre le mât de flèche et l'antenne elle-même, à l'avant un foc, le polacron, assure un complément de poussée et facilite la manœuvre. Le bâtiment semble porter des barriques, chargement banal sur cette côte.


Le numéro 4 est aussi une tartane gréée exactement de la même manière ainsi que les dernières coques visibles sur cet alignement tout au loin.

Le numéro 3 est encore une tartane, mais dont le gréement a évolué. Les grandes antennes étaient difficiles à manier, quelques fois dangereuses par gros temps, de plus la grand voile latine n'était pas divisible. tout cela exigeait du monde. Le voile latine a donc cédé la place à une brigantine à corne, dite à rideau, facile à manœuvrer et complétée par un flèche et un foc ou deux. Ce gréement est plus maniable que le précédent et permet surtout d'utiliser un équipage réduit.

Le numéro 2
C'est manifestement la coque d'une grande tartane, pointue aux deux extrémités mais que son patron a voulu gréer autrement. A été adopté une voilure beaucoup plus fractionnée, en ketch, on parlait de "jolle" à Gênes (sans doute de "yawl" un gréement très voisin). Il y a deux mâts, sur l'avant le grand mât porte brigantins et flèche en arrière, l'artimon porte aussi une brigantine et sans doute un flèche. Trois focs complètent à l'avant ce gréement . On peut penser que sur une telle coque était monté auparavant un gréement latin de "barca de metjana", portant l'arbre de mestre et une antenne de très grande taille.

 

 

Le numéro 5
Cette coque est différente des précédentes. L'arrière est à tableau. Le gréement est encore celui d'un ketch mais le mât d'artimon est presqu'aussi haut que le grand mât. C'est ce type de voilure poussé à l'extrême car la mâture est fort importante.

Le numéro 6
C'est un "navicello", l'autre caboteur de référence en Méditerranée occidentale avec la tartane. C'est un type italien, surtout répandu dans la golfe de Gênes et sur la côte ligure. On les vit souvent à Marseille jusque dans les années trente. Le gréement est celui d'un très vieux navire latin modifié au cours du temps. L’arbre de mestre est très en avant, il porte une très grande brigantine et un flèche aussi considérable. Tout contre l'étrave et avec une forte inclinaison en avant se trouve le trinquet, le mat de misaine latin. A l'origine il portait une voile latine qui disparut il y a très longtemps, cédant ainsi la place à une sorte de voile aurique à rideau, endraillée sur un étai et surmontée d'une voile d'étai tri ou quadrangulaire. Un petit foc complète cette voilure.
Le "navicello" est avant tout, comme la tartane, un navire de charge peu préoccupé par la vitesse, sa voilure importante est rendue nécessaire par l'importance du chargement, sa capacité est celle des grandes tartanes, il navigue comme elle avec des équipages ultra réduits par raison d'économie. Ces bâtiments naviguèrent pratiquement jusqu'à la seconde guerre mondiale.

Le numéro 7
Il s'agit d'un ketch d'origine, la coque est à tableau arrière. Le gréement est celui déjà décrit au n°2 mais il paraît ici monté sur une coque prévue à cet effet.

La plupart de ces navires bout au vent, ont leu canot à l'arrière. C'est une position courante, même quand le bâtiment est sous voile. Quand le vent s’essouffle, ce modeste canot, à deux paires d'avirons, prend la relève et remorque son navire, aux entrées et sorties de port essentiellement/ Au large, on attendait avec philosophie le retour du vent.

A l'époque, le village est une toute petite agglomération, blottie au pied du fort... Les incursions des Maures sont encore vivantes dans la mémoire collective. Il y a sans doute un modeste trafic commercial, le cabotage disparaîtra lentement en fonction du progrès du chemin de fer sur les crêtes de Provence, il survivra plus longtemps dans les îles.

Le vapeur, sur la gauche, activera ce départ, celui-ci port encore un foc, endraillé, prêt à être utilisé. Les machines ne sont pas encore très sûres. En cherchant bien dans ses cales, peut-être trouverait-on encore une brigantine.

Courrier de R. Burlet 93350 VILLEMOMBLE au Parc national de Port Cros- Août1992

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Rédigé par HODIE

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