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Publié le 16 Octobre 2015

Un petit morceau d'histoire de l'île du Levant

« La société des copropriétaires de l’île du Levant » 1850-1853

"Règlement relatif à la société de l’île du Levant" 1852, B.M. HYERES (FP 302)
Rédigé par Raymond HUBSCH

Monsieur de Noiron ayant « fait cession pleine et entière à la société de la propriété de l’île du Levant », devait occuper les fonctions de régisseur de la dite société.

Le personnel de la société se composait d’un régisseur, d’un prêtre, d’un pharmacien, d’un directeur de la maison des orphelins, d’un instituteur, d’une colonie agricole, de gardes, de colons, de patrons-pêcheurs, de maîtres ouvriers et d’apprentis.

Le régisseur était autorisé à vendre, faire tous marchés, tous baux et traités de vente. Il devait veiller à tous les intérêts de la propriété mobilière ou immobilière de la société. Le règlement administratif prévoyait qu’il lui serait fourni un cheval.

Les gardes devaient être mariés et anciens militaires. Le colon qui ne résidait pas au moins deux ans sur l’île devait rembourser les frais de transport que son installation avait occasionnés. Une monnaie particulière était instaurées sous forme de bons de 50 centimes, 1, 2, 3, 4, 5 et 20 francs remboursables à la caisse de la société. Les approvisionnements étaient réglementés. Les colons ne devaient consommer que les produits de la société. Les habitants devaient être solidaires en cas d’incendie et de querelles. Il était obligatoire d'assister aux offices religieux. Le vol entraînait l’exclusion de la société, les cas d’adultères ou de concubinages dénoncés. L’aubergiste devait tenir sa maison fermée aux heures indiquées. Il était interdit de se baigner seul, d’allumer du feu et d’étendre le linge aux endroits non prévus. La chasse était réglementée. Le goéland pouvait être tiré en tout temps mais à condition de le rapporter intact pour les plumes.

L’emploi du temps des orphelins était inhumain. En été, le lever était prévu à 3 h 30, le coucher à 21 h . Pendant cette journée, les enfants auraient assuré 10 h 30 de travail et 1 h 30 d’études et d’instruction ! En hiver et les dimanches, le lever était prévu à 6 h et le coucher à 20 h.

Monsieur de Noiron n’eut pas le temps nécessaire pour créer cette société et cet orphelinat derrière lequel se cachait peut-être déjà l’idée d'un établissement pénitentiaire et agricole que devait réaliser, quelques années plus tard, le comte de Pourtalès.

On peut relever la liste des travaux urgents à effectuer énoncés dans le règlement administratif de la société :

-défrichement général (chemins, champs)

-nettoiement des abords des sources, retarder leur écoulement vers la mer et plantation en bordure des essences convenables ,

-greffe générale des lentisques par pistachiers et des oliviers sauvages,

-plantation de vignes.

-Collection de toutes les semences de prairie naturelle qui croissent spontanément sur l’île.

-Agrandissement de la tuilerie,

-Accumulation des pierres calcaires près du four à chaux,

-Appropriation de la maison du fermier Dupuy à l’habitation des orphelins,

-Etablissement d’une auberge à l’une des maisons situées près du port de l’Avis,

-Construction d’une chapelle, d’un petit presbytère et délimitation d’un cimetière fermé par une haie et un fossé,

-Acquisition d’une petite maison à Bormes qui servirait de pied-à-terre aux habitants de l’île se rendant sur le continent et aux visiteurs,

-Acquisition de deux embarcations pontées pour établir une liaison régulière entre l’île et le continent.

-Construction et établissement de salaisons et autres modes de conservation de sardines et de thons.

Au chapitre des « travaux à étudier », les idées foisonnaient pour donner à l’île du Levant une grande prospérité :

-Création d’une ferme modèle dite régionale et servant de spécimen de toutes les cultures du midi de la France avec subvention du gouvernement.

-Etablissement pour acclimatation des animaux étrangers et méritant d’être introduits en France en raison de leur utilité.

-Création d’une succursale des jardins botaniques.

-Collection de toutes les semences aromatiques qui croissent spontanément dans l’île,

-Etablissement d’un haras soutenu par le gouvernement et destiné à la remonte de sa cavalerie légère,

-Une pension destinée à recueillir les jeunes gens que leurs famille consacrent à l’agriculture et à ceux dont elle veut prévenir les écarts par le travail et l’isolement. Il est fait allusion ici à la société de Mettray qui reçoit fréquemment de semblables demandes.

-Une maison de santé pour les malades et les amateurs.

-Un établissement de bains de mer chauds et froids.

-Analyse des qualités de l’eau de toutes les sources que renferme l’île et recherche de nouvelles.

-Fabrique de grès et creusets réfractaires,

-Pépinière pour vente à l'extérieur,

-Magnanerie

-Réservoir de poissons,

-Elevage de volaille et de faisans,

-Culture des primeurs

-Apiculture

-Construction d’une distillerie parfumerie

-Confiserie

-Brandavinerie

-Chapellerie de paille

-Culture de l’immortelle, du tabac, du riz ordinaire et celui de Chine.

-Abonnement à l’un des paquebots postes de Marseille,

-Une série de chasses et de fêtes données aux étrangers

et pour finir…une école des mousses.

Cette société ne vit pas le jour mais il est certain que ces projets ont préparé la réalisation de la colonie agricole du compte de Pourtalès en 1861.

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En 1853, l’île du Levant est acheté par Messieurs Melchior Fidel, comte de Grivel et Enrest Henri Fidel de Grivel pour la somme de 50 000 francs.

Inventaire sommaire de l’acte de vente : « cette île est composée de divers bâtiments : maisons de maître avec jardin et dépendances, autres bâtiments servant d’habitations aux colons de l’île. Aussi avec jardins et dépendances, divers autres corps de bâtiments servant d’écuries, de granges, de bergeries, greniers, celliers, fours à cuire le pain, terres labourables et semables, terrains incultes couverts de bruyères, d’arbousiers et autres essences de bois. Grandes friches, rochers, terrains, bois de haute futaie et taillis ainsi que d’agrément. Divers tours et monuments en ruines. »

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Rédigé par HODIE

Publié dans #1852, #Noiron

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