Une arrivée à l’île du Levant sur un "Broussard"

Publié le 4 Mai 2013

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Le Broussard MH1521 devant le hangar du Levant

 

Un extrait de l'histoire racontée par Michel Giraud
(lien en fin d'article)
 

La piste de l'île du Levant
Longueur 400 m, un profil en dos d’âne. Au seuil 36 : la mer Méditerranée, une falaise, puis une bande de maquis et, enfin la piste. A l’autre extrémité, un ravin, puis une falaise et la mer Méditerranée. 

Notre Commandant d’escadre conduit la délégation : 4 chefs de patrouille triés sur le volet, plus l’officier mécanicien du 1/5, spécialiste d’autant plus renommé… qu’il finira Général. 

 

...Quelques minutes après, nous avons l’Ile du Levant dans la glace frontale. C’est vrai qu’il est petit leur terrain ; vraiment petit, petit. Il fait un temps splendide, vent : 10 KT dans l’axe, heureusement. Rentrée dans le circuit dit d’appontage. ¾ des volets sortis et déjà 70 KT seulement !!! 
Joseph et moi ne lâchons plus le badin des yeux. 
Nous survolons le haut fond des langoustes qui verra quelques années plus tard la fine fleur des plongeurs de la " 5 " vivre d’autres exploits ; nous naviguions alors à bord d’un chalutier " de plongée " commandé par l’un des derniers pirates de la Méditerranée, le célèbre Capitaine Christian BABA-BAM… Mais ceci fera l’objet d’une autre histoire… 
Dernier virage. Longue finale. Effectivement, il y a un jeu de lumières là-bas en bas, style VASI. 
Pas un mot dans l’avion : six paires d’yeux fixées sur la falaise d’en face. Plein volets : 65 KT et beaucoup de gaz pour " soutenir tout çà ".
 
C’est lent, mais ça finit par arriver, à la transition mer/terre : premiers frémissements de la bête. On " éponge " (d’aucuns diraient, on essuie) un gradient de vent : le badin a tendance à régresser, d’autant plus que le manche " mayonnaise " vilain et inutilement. 
" Notre " jeune " éphèbe, pléonasme Joseph, corrige petitement les tours " 
Il fouettait d’être long… On ne sera pas long !
Vingt mètres avant le seuil, on s’enfonce, le nez bien haut, en plein second régime, au milieu des caillasses, des lentisques et du romarin : " labourage et pâturage "… disait le brave Sully au bon Roi Henry (1).

LE BOUM DE NOTRE CARRIERE !!!

La roulette de queue touche la première, le reste bascule en crabe, grand bruit de ferraille torturée émanant de l’avant. Mais là, le miracle : la légendaire " lame de ressort en forme de portique " qui constitue le train du Broussard prend l’affaire à son compte, encaisse et restitue vers le haut en nous rejetant avec beaucoup d’à propos sur un seuil de piste, salvateur. 
Notre pilote se bat comme un lion : un coup de pied magistral pour nous remettre dans l’axe ; gaz coupés : manche au ventre ; debout sur les freins car, entre temps, le bout de piste se dessine sous le capot moteur et derrière, plus bas, " Mare Nostrum ". 
Enfin, le Broussard s’arrête dans un nuage de poussière. Grand silence puis retour au parking. Ouverture des portes, extraction/éjection des rescapés (style Fusil Mitrailleur 24/29). Le pilote descend le dernier, enlève enfin son casque, se tourne vers Joseph et murmure : 
" C’était… , c’était pas très, très joli ? " 
Et Joseph qui était quand même dans un bon jour, hoche la tête, met sa bouche en coin et répond :- " pas trop, matelot, PAS TROP ", et on se dirige vers les OPS.

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Le mot de la fin :
 
Le PIAF(21) me prend à part, s’arrête, place ses bras pendants le long du corps, les poings fermés :
" j’étais assis derrière (il plie un peu ses jambes) les yeux à la hauteur de la fenêtre. Tout d’un coup " BOUM ". Il étend vivement ses bras à l’horizontale : " j’ai vu les ROUES du TRAIN comme CA !!! " 

 

EPILOGUE
Le Pacha/Marine du Levant entouré de son staff nous accueille. Il semble n’avoir rien vu. Ou fait semblant de n’avoir rien vu, ni entendu… 
- bon voyage, Messieurs ?
Notre Commandant, du tac au tac, mais toujours exquis, répond en anglais quelque chose comme : 
- Fine Gentlemen  
Le Briefing interarmes peut commencer

 

(1) Le bon roi HENRY… ce roi qui voulait que chaque famille française ait droit à sa poule au pot le dimanche… las ! un certain Ravaillac détestait la poule au pot ! il préférait le poulet à la broche… nous aussi ! 
(2) Le PIAF : origine de l’appellation : surnom donné pour célébrer la vélocité avec laquelle ce redoutable pilote surveillait son terrain de chasse comme un moineau à l’affût. Formé au " US " son instructeur répétait inlassablement " LOOK AROUND ! " Coïncidence : le PIAF et JOSEPH ont fait leurs études ensemble. Leur vieille amitié s’était enrichie ce jour-là d’un " kiss landing " historique.

 

 Bulletin de l’association des personnels de la «5 » Base aérienne 115 - 84871 ORANGE Cedex 
n°26 Mars 2003 
 

 

Bulletin de l’association des personnels de la «5 » Base aéenne 115 - 84871 ORANGE Cedex

Rédigé par HODIE

Publié dans #1945-1970

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