la face cachée de l'île

Publié le 9 Décembre 2010

La Force d'Action Navale est le premier client du CELM (Centre d'Essais de Lancement de Missiles Méditerranée). Sur l'île du Levant, les bâtiments mettent notamment à l'épreuve leurs systèmes d'armes avant leur mission opérationnelle. Reportage

5…4…3…2…unité… feu ! Dans un écran de fumée, un missile Aster 15 s'échappe du Charles de Gaulle . Nous sommes le 17 février et le porte-avions vient d'effectuer le 7e tir de ce type de son histoire. Ce n'est qu'un entraînement mais il faut quelques secondes au missile pour intercepter la «menace» en vol et provoquer une déflagration. La «menace», elle, provient de l'île du Levant, un bout de terre de 1 000 hectares au large d'Hyères (Var).

L'île du Levant abrite le CELM site Méditerranée, Centre d'Essais de Lancement de Missiles, dont la Marine est le premier client pour ses campagnes d'entrainement. Les bâtiments viennent en nombre y subir plusieurs entraînements. Une dizaine d'exercices «Tamouré» y sont effectués chaque année. «Tamouré» est l'exercice primordial des navires de la Force d'Action Navale avant leur déploiement en opération, mêlant tir d'artillerie et de missiles et exercices d'évacuation de ressortissants.

Le centre du Levant n'est qu'à une dizaine de kilomètres du littoral. Sur cette île, les vagues s'écrasent sur de hautes falaises et une végétation dense masque l'activité de l'homme. Ici, sont testées, les dernières avancées technologiques en matière de système d'armes et de guerre électronique. Ceux-là même qui équipent nos navires.

«Une aire de jeu sécurisée»

En 1892 l'île du Levant est acquise par la Marine pour réaliser des tirs de la mer vers la terre. Depuis plus de quarante ans, c'est la DGA (délégation générale pour l'armement) qui l'occupe pour y conduire ses activités d'essais. Avec les deux autres sites, un à Gavres et l'autre à Biscarosse, le CELM est leader européen dans le domaine de lancement des missiles . Ainsi, il assure des essais en vol de missiles de la force de dissuasion, des essais de systèmes d'armes (comme le missile Aster 15 du Charles et des frégates multi missions) et l'entraînement des forces.

CELMtelescope1

Pour assurer ses missions, le CELM dispose d'une batterie d'installations lourdes. Des stations optiques (photo) semblables à un télescope pour observer et filmer la trajectoire des missiles, des radars de surveillances, et des antennes de télémesures afin, notamment, d'analyser des paramètres chiffrés entre le missile et sa cible (distance, vitesse). Particularité de l'île du Levant: elle est capable de recréer, conformément à la réalité, un environnement de guerre électronique. «Le CELM dispose de moyens unique en Europe» confirme, non sans une certaine fierté le charge de communication du centre, M. Zoppi, avant de poursuivre : «pour la Marine , l'île est une aire de jeu sécurisée» .

« La Madone », le centre névralgique de l'île

Le PC tir est le centre névralgique de l'île. C'est ici que les directeurs d'essais «appuient sur le bouton» qui confirmera le tir missile ou l'annulera lors des exercices. Baptisée «la Madone» pour sa proximité avec une statue de la vierge, (qui a dit que seuls les marins étaient superstitieux?), la bâtisse ne paye pas de mine. Pourtant, elle abrite une technologie très évoluée et rares sont ceux qui peuvent y pénétrer. À l'intérieur, plus d'écrans que d'hommes….

«20 secondes pour décider»

CELMcible

Lors d'un tir comme celui du PA Charles de Gaulle et de son Aster , une cible est mise en oeuvre (photo) et un périmètre de sécurité est balisé. Quatre personnes qui visualisent la cible sur ordinateur, ont un pouvoir décisionnel sur le scénario l'exercice. Pas de rapport hiérarchique entre ces hommes, civils et militaires, qui posent chacun leur veto. L'un deux cependant, l'officier de sauvegarde en vol (photo), a seul le pouvoir de détruire la cible et le missile quand la sécurité l'exige. Compte tenu de la vitesse du missile Aster (700 m/s) et de l'étendue du périmètre de sécurité (20 km sur 30) l'officier de sauvegarde en vol a donc moins de 20 secondes pour détruire le missile si le besoin en était. Une attention de chaque instant pour ces hommes dont l'objectif premier, assurent-ils, «est la sauvegarde des personnes et des biens».

CELMoffsauv

Pour faire face aux exigences de réalisme de ses clients, le CELM s'efforce en permanence, de faire évoluer ses moyens d'essais. Cette course à l'innovation qui profite à la marine, a bâti la réputation du site. Le Major général de la Marine lui même ne s'y est pas trompé. Apprenant que Singapour a envoyé ses frégates s'entraîner au CELM en avril 2008, le vice-amiral Launey a lâché «ces gens là ne s'adressent qu'aux meilleurs...»

Sources : ©Marine nationale    28/06/2010            

http://www.defense.gouv.fr/marine/actu-marine/missile-tir-au-large-du-levant

en savoir plus :

un reportage photographique du photographe Frédéric WATBLED sur le tir de l'Aster 15 depuis le porte-avions Charles de Gaulle

Rédigé par HODIE

Publié dans #Ile du Levant

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