La couleuvre de l’Ile du Levant est-elle dangereuse ?

Publié le 28 Mai 2011

A noter que le nom scientifique de ce serpent est Malpolon monspessulanus depuis seulement 1928 (Mertens & Möller). Malpolon vient du grec et signifie ‘fort’, 'beaucoup', et monspessulanus signifie 'de Montpellier' en latin.

Articles d'Henry LEGRAND
extrait des revues de l'ADIL de 1952
Association naturiste des Amis de l'Ile du Levant

  La vue d'un serpent, quel qu'il soit, détermine toujours un mouvement de répulsion assorti d'une certaine crainte. C'est qu'on ignore la plupart du temps à quelle espèce on a affaire, l'identification au vol, même pour un spécialiste, n'étant pas toujours sûre, vu qu'il existe des vipères qui ont le port et l'allure de couleuvres, et vice-versa.

  Cette crainte de se tromper d'espèce ne peut exister à l'Ile du Levant où ne vit que la couleuvre de Montpellier, Coelopestis insignatus Wagl., souvent en grand nombre surtout aux endroits frais. Espèce douée d'une ouïe très sensible et qui fuit l'homme dans tous les cas. Elle n'a d'ailleurs jamais été observée sous formes d'amas enroulé, comme l'aspic de la forêt de Fontainebleau qui par cette disposition l'empêchant de se « dérouler » instantanément, occasionne parfois des accidents aux promeneurs pressés de s'asseoir.

  Cependant la couleuvre de Montpellier possède des glandes à venin garnis d'un liquide très toxique, dit venin de cobra, en principe mortel à partir d'une certaine dose en définitive peu élevée lorsqu'elle est inoculée dans une veine.

  Heureusement pour nous, ses crochets venimeux sont disposés de telle façon qu'elle ne peut s'en servir pour la défense ; ils sont, en effet, placés en arrière des maxillaires au lieu d'être en avant comme chez l'aspic (voir figure ci-dessus). Dès lors, le venin ne peut être inoculé que si l'objet à piquer se trouve déjà enfoncé dans le gosier.

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  De fait, il n'y a jamais eu d'accident à l'Ile du Levant; il y en aurait cependant déjà eu en France, on ignore dans quelles circonstances.

  La couleuvre de l'Ile du Levant se laisse parfois apprivoiser ; j'ai connu un camarade (que j'ai d'ailleurs filmé) qui descendait à Rioufrède avec une couleuvre en tour de cou et obtenait un succès de curiosité. Son élève était, paraît-il, très docile, et il la nourrissait avec du lait.

  En résumé, la disposition des crochets venimeux de la couleuvre de l'Ile du Levant l'empêche de mordre « utilement » puisque cette opération suppose une proie assez petite pour être déjà partiellement déglutie.

  Comme cela ne peut être notre cas, nous pouvons être tranquilles quand nous voyons une couleuvre glisser silencieusement sur le sol du maquis.

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A propos de notre article
La couleuvre de l'Ile du Levant est-elle dangereuse ? (ADIL N 14, P.16)

  Nous rappelons que la couleuvre qu'on rencontre à l'Ile du Levant, et dont le nom scientifique est Coelopestis insignatus Walg., ou Couleuvre de Montpellier, porte des crochets venimeux, mais dans une position très en arrière, et qui pratiquement l'empêche de mordre. Ce qui veut dire qu'en le faisan exprès, ou presque, on arriverait très bien à se faire mordre.

  Notre ami, M. le docteur Poucel, connaît un cas d'accident : un de ses amis, éleveur de reptiles, eût un doigt mordu « en travers » en manipulant ce serpent pour nettoyer sa cage. Pour lui faire lâcher prise sans l'abîmer, il dut tremper son doigt dans l'eau avec la tête de la couleuvre. Il eut le bras enflé et violacé, avec des phénomènes généraux atténués.

  Il n'y a pas encore eu de morsure à l'Ile du Levant. Cela tient surtout à ce que la couleuvre en question a l'ouïe très fine, et prend la fuite aussitôt qu'elle entend du bruit. Et même si on réussit à la prendre, elle fait semblant de mordre, avec ses dents très fines et très petites du devant, qui sont sans venin, mais ce geste effraie quand même en général et on lâche l'animal.

  Il y a danger quand on maintient la tête et quand on introduit le doigt par le côté de la bouche, car c'est là que se trouvent les crochets à venin. Cet été, avec M. Héry, nous avons vérifié le fait, prudemment, avec un petit morceau de bois.

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A suivre.....un article de la Vie des Bêtes de 1962 : "Mon Cobra du Levant" par F. Tanazacq

Rédigé par HODIE

Publié dans #La faune

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