PHILA II : Léopold Pegliasco, adjoint spécial

Publié le 6 Mai 2019

  Inédit

 

Extraits du carnet manuscrit de 1936, Fila II
rédigés par Auguste PIGUET, confiés par Pierre-André Reymond, son petit-fils.

Dans le texte , j'ai ajouté des précisions en italique.

  Réveillé brusquement vers minuit par de violents coups de tonnerre / L’absence de vase de nuit n’est pas toujours agréable. Cette nuit, vers 2 h, il m’a fallu sortir du bungalow en chemise. Il faisait un fort vent mais le spectacle en valait la peine. La lune presque pleine allait se coucher en arrière d’Hyères. Les lumières de cette ville, celles des Salins et du Lavandou brillaient d’un vif éclat. Le phare des Salins, jetait son double éclat blanc, suivi de 3 secondes de répit. Celui de Bénat montrait un œil rouge unique toutes les 4 secondes.
  Les puits construits en ciment reposent librement sur le schiste par où l’eau s’infiltre. On la dit excellente.
  Aucun racloir pour les pieds. Nulle boue ne colle aux souliers. Il suffit de frapper du pied pour détacher les parcelles adhérentes. Au bout de 15 jours, mes chaussures, jamais cirées ou graissées ont encore quelque brillant.
Alfred, fin boulanger n’est pas moins bon maître-queux. Avons dîné hier d’une soupe de fèves (restant de la purée du jour précédent) arrosée d’un filet d’huile et de nouilles traitées de la même manière. Une banane, du café et un reste de biscuit pour finir. Me sens comme un coq en pâte en dépit du régime naturiste. L’amaigrissement escompté a bien des chances de ne pas se réaliser.
Jeudi 4 juin 1936
 Nuit frisquette. Le duvet n’est pas de trop, car le mistral se met de la partie. Heureusement que l’aération se règle communément au moyen d’un manche à balai, balai glissé entre le châssis et le rebord de la fenêtre. Une attache de collier empêche le manche en question de bouger. Dans ces conditions, le mistral ne m’a jamais incommodé. Levé vers 5 h. Trop frais pour écrire. M’embarque jusqu’à l’Avis avant déjeuner. Rencontré les équipes d’ouvriers provençaux qui viennent poser la ligne téléphonique. Prennent le café noir au saut du lit puis se rendent au travail. Arrivés sur les lieux, s’asseyent pour déjeuner, vin, pain et fromage, d’ordinaire. Dans l’ouest de la France, on prend du vin blanc sans rien manger jusqu’à midi. Descendu des abords du château au port de l’Avis et remonté par un autre raccourci.

  Trouvé le père Pegliasco en train de surveiller l’Italien dit Grand Blond. Celui-ci recouvre le toit de l’entrepôt que Pegliasco fait construire en gros cairons pour remplacer ses baraques de bois. Diverses barques du dehors ont été traînées hors de l’eau, hier pendant la tempête. La Belle Brise leur tient compagnie tandis que le St Hilaire se trouve au bout de la jetée et le Laisso Dire à droite du ponton. Un superbe yacht marseillais appartenant à un docteur, lui fait vis-à-vis. Bastingage en bois brun (noyer) du plus bel effet.

  Prenons une bouteille de bière avec le père Pegliasco, sous la tonnelle cannissée. La pluie nocturne y a laissé des traces, de même pour le jeune David, âgé de 2 ans, qui a choisi ce lieu abrité pour venir se poser.
Madame Pegliasco vient en bougonnant ramasser la petite saucisse au moyen d’une ramassoire.
  Pegliasco père me fait part de ses ennuis. Adjoint du maire, il a en vain chercher à faire marcher d’accord ses 80 administrés. Ce n’est que jalousie et querelles journalières. Si l’on coupe un arbre, on arrache du sable, aussitôt, les plumes marchent et envoient des rapports à Hyères sans p
asser par le canal de l’adjoint. Ceux qui ont le plus profité au début et ont fait main basse sur le fil de cuivre de la Marine, le sable ou le bois voient d’un mauvais œil que les nouveaux venus en fassent autant et les dénoncent.

 

  A gauche, Léopold Pégliasco lors de la reconstitution d'un mariage au port de l'Avis
en août 1931.
Voir article 1 / article 2 / article 3

Adjoint du maire, c’est le dernier des métiers. Tout récemment, il a fallu faire venir deux gendarmes de Bormes en suite de diverses plaintes pour vol et de l’affaire Tarzan II. Les gendarmes ne viennent pas volontiers sur l’île parce qu’ils doivent camper sous la tente ou se rendre jusqu’au phare ou au sémaphore pour y loger. Ils sont en plus tenus de prendre leurs vivres avec eux.

  Pegliasco s’était arrangé avec les ouvriers pour qu’ils lui construisent son hangar le dimanche à moment perdu. Mais, Victor Bagnasco, fâché de voir le Grand Blond travailler pour Pegliasco, l’a renvoyé. C’est ridicule de se priver d’un bon ouvrier, du meilleur peut-être. Alfred tient naturellement en tout point le parti de Victor.

Victor Bagnasco - Archives Pierre-André Reymond


 L’Adjoint pour mettre fin à l’extraction de sable qui menaçait d'abîmer les plages, a défendu d’en prélever sur toute l’étendue de l’île. L’ordonnance en question est affichée à la porte du Bazar. Pegliasco a eu une longue entrevue avec Durville ces jours passés. Il songeait à démissionner, mais restera en fonction sur les instances du docteur.
 

Rédigé par HODIE

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