"C'est arrivé au Levant" un article de 1958 2/10

Publié le 22 Septembre 2018

ÉDITION SPÉCIALE DE LA REVUE NATURISTE INTERNATIONALE
L'ILE DU LEVANT
NOUVEAU GUIDE 1958

"C'est arrivé au Levant" 

1948

Cette année-là, la vie estivale reprit son cours normal à Héliopolis. Pour certains, cette vie trop civilisée n'avait aucun charme. Ils émigrèrent d'abord vers le Grand-Avis, puis vers la lointaine plage du Titan. Une humanité étonnante avait là ses quartiers à l'écart du vulgaire. Pas plus d'une vingtaine de personnes, des bougres pas ordinaires. Un colonel démobilisé faisait du tricot. Deux barbus enseignaient les doctrines de Gurdjieff, au plus mal avec deux disciples de Krishsnamurti qui passaient, eux, pour avoir des mœurs infâmes. Avec notre petit groupe de chasseurs sous-marins vivait une très belle créature virtuose de l'accordéon. Tous les ermites cherchaient à l'endoctriner, même le colonel souhaitait lui apprendre à tricoter. Elle refusait. Elle n'aimait que l'accordéon.

Nous vivions, les uns et les autres, en vrais sauvages, extrêmement désireux d'éviter toutes les obligations de la vie en société. Toutefois, à la manière des nomades plus ou moins ennemis héréditaires qui sont bien obligés de partager les mêmes points d'eau dans le désert, nous nous retrouvions tous à la citerne où nous puisions l'eau douce. Douches, petits lavages, remplissage des récipients, finalement nous étions amenés à avoir des contacts amicaux, si bien qu'à la fin de l'été, nous formions une tribu boucanée et fraternelle. A l'exception d'un grans type maigre qui continuait à vivre à l'écart. Nous l'aurions cru muet si une seule manifestation verbale de sa part ne nous eût rassuré. Quand il arrivait à la citerne, il tendait le bras droit, les cinq doigts de la main bien écartés, il nos regardait d'un air farouche, levait la tête vers le ciel et criait : Le soleil et ses rayons !

Après quoi, il remplissait son seau et filait. Nous avions adopté son salut solaire. Bras tendus, doigts écartés :
- Le soleil et ses rayons !

Nous avions même importé ce rite à Paris. Quand les passants voyaient ça, ébahis, sous la pluie battante, ils s'écartaient prudemment. Ils ne connaissaient pas notre secret.

L’ÎLE DU LEVANT NOUVEAU GUIDE 1958

L’ÎLE DU LEVANT NOUVEAU GUIDE 1958

Rédigé par HODIE

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