"Fille du soleil de de la mer " 1/2 - Guide 1958

Publié le 14 Avril 2018

FILLE DU SOLEIL ET DE LA MER - introduction

 L'étendue marine et le monde solaire n'additionneraient que des beautés vides et les îles n'étaient là que pour matérialiser leur union.
 Nées de la mer fertile sous le soleil fécond, les îles tirent de cette haute lignée un caractère divin nourri par la légende, homologué par l'histoire, reconnu par l'aventure.
 Vous débarquez à l'Ayguade, vous entrez dans le premier bar venu. L'odeur de soupe de poissons et le parfum du pastis, l'accent méridional et le vacarme des camions sur la route, traduisent mal, prétendrez-vous, la caractère divin annoncé à l'extérieur. C'est que vous n'êtes pas encore sensibilisé à l'ambiance des îles, ça viendra. Lorsque je prétends que cette île (comme toutes les îles ou la plupart d'entre elles) possède un caractère divin, ce n'est pas par concession au lyrisme délirant et aux conventions littéraires, c'est par expérience.
  La soupe de poissons, le pastis, l'ail et les camions sont les données immédiates qui assurent au Levant sa physionomie provençale, méridionale, pareille à celle de la côte entre Marseille et Nice. Oubliez ces ressemblances ; les différences existent, elles font la singularité du Levant.

 Autrefois, alors que toute l'île - on pouvait dire toute son immensité, imaginez Paris habité par cinq cent personnes - était ouverte à notre curiosité, il ne fallait pas longtemps pour en devenir amoureux, pour trouver ces lieux à nuls autres pareils, pour s'y sentir attaché, passionnément. L'île offrait la totalité de ses richesses.

 Des dizaines de kilomètres de sentiers, de pistes incertaines, à travers le silence du maquis d'arbousiers, de romarin, de bruyères arborescentes, de pins tordus. Des centaines de criques, de petites calanques, d'abris, au gré des découpures rocheuses de la côte sauvage, de Maupertuis au Titan, du Titan au Castellas, du Castellas au Grand-Avis. La découverte merveilleuse de la Bergerie, du Jas-Vieux, du Pénitencier, du château de Pourtalès, des ruines d'antiques séjours, de cultures anciennes insolites trouant les fourrés. A l'autre bout de l'île, à 10 kilomètres d'Héliopolis, on atteignait le Phare du Titan et le Sémaphore, un écroulement de vertigineuses falaises rousses et blanches, étincelantes, tombant droit dans l'opaline liquide de la baie.

 Certes, sur les côtes du secteur naturel actuel (environ 70 hectares sur un millier) se retrouvent toujours ces eaux à la transparence azurée comme le ciel, ces rochers trop chauds, l'insolente réussite de ce mariage du soleil et de la mer. Pourtant, on regrette qu'une grande partie du paradis soit perdue, confisquée. Lorsqu'on glisse en bateau au large de l'île, quand la distance permet d'en embrasser l'étendue ocre ou verte, on goût un instant de bonheur assez parfait, un instant qui dicte la formule trop connue ; un endroit béni des dieux.

 Vous verrez. Pour un peu que vous cherchiez autre chose sur l'île que la fesse turbulente des nymphes estivantes, autre chose que les rôtissoires nudistes, que Venus et Apollon en minimum, vous éprouverez quelques émotions païennes. Vous le devrez au caractère divin des îles.

 De toute manière, si vous n'êtes pas d'accord sur la nature de l'être suprême, il vous est loisible de piédestaliser sur place une naïade de rencontre ou d'idolâtrer une déesse en bikini. Il n'est pas interdit à ces dames de vous paraître divines.

Extrait du guide 1958

L'ILE DU LEVANT, nouveau guide 1958, une édition spéciale de la Revue Naturiste Internationale, sous la direction de Jean-Albert Foëx

Rédigé par HODIE

Publié dans #Histoire, #Guides, #1945-1970

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