"Fille du soleil de de la mer " 2/2 - Guide 1958

Publié le 16 Avril 2018

FILLE DU SOLEIL ET DE LA MER

 

  Quand on arrive aujourd'hui (1957-1958) à l'île du Levant, quand on voit hôtels, bungalows, villas, poste, école, église, magasins, autrement dit une petite cité provençale peuplée en été d'au moins deux mille personnes, largement étalée du Val de l'Ayguade au domaine de Bellevue, du bord de mer aux arbousiers à plus de cent mètres d'altitude, on doit faire l'effort d'imaginer comment tout cela est sorti du roc et du maquis. On doit songer qu'il a fallu vingt-six ans pour faire Héliopolis, pour créer cette réalité vivante et colorée qu'animent pendant au moins quatre mois de l'année les naturistes du monde entier.

  Vingt-six années pour dresser des plans, défricher, ouvrir des chemins, amener sur l'île les premiers camions, fréter et mettre en service des bateaux, forer des puits, capter des sources, construire des citernes.

  Vingt-six années pour transporter de la côte sur l'île des milliers de tonnes de matériaux, pour créer de toutes pièces les commerces indispensables : boulangerie, alimentation, bazar, pour édifier poste et école, pour obtenir des pouvoirs publics la pose d'un câble téléphonique sous-marin reliant les abonnés insulaires au continent.

 Vingt-six années pour avoir raison de l'incompréhension, de l'hostilité, des obstacles pas tous naturels. Vingt-six années pour obtenir les autorisations nécessaires au fonctionnement de la cité naturiste, pour les obtenir  d'abord et ensuite pour les défendre, pour interesser la ville d'Hyères dont l'île dépend administrativement. Quand les adeptes de la première heure, les "anciens" de l'île, les vieux propriétaires se prévalent de leur ancienneté, ils ont quelques raisons d'agir ainsi, car sans leur détermination et leur persévérance, il ne resterait à l'heure actuelle d'Héliopolis que quelques vestiges analogues à ceux du domaine d'acclimatation de Simon Philippart. (1878-1880)

  Après la guerre, la municipalité d'Hyères épaula sérieusement le Syndicat des Propriétaires : grâce à elle, l'étroite crique de l'Ayguade s'est transformée en un actif petit port où abordent les bateaux qui assurent le service de traversée maritime. Ce service (passagers, ravitaillement, poste) a été largement amélioré. Un garage et un hôtel, aux Salins d'Hyères, permettent une étape commode avant d'embarquer.

  Sur l'île, la principale voie d'accès (Ayguade-Rond-point des Arbousiers) est convenablement entretenue. La captation et la retenue des eaux ont été perfectionnées. Enfin, les dirigeants de la ville d'Hyères ont pris la défense des intérêts touristiques du Levant contre certains empiétements de l'Etat. Ils ont rendu possible l'organisation d'une vaste centre de camping naturiste de la plage des Grottes.

L'avenir

La presse internationale, la radio ont rendu public le débat institué autour de l'île du Levant depuis que la Marine Nationale y a installé un Centre d'Etudes et de Recherches d'Engins Spéciaux (C.E.R.E.S.). En effet, la location des parties de l'île consentie aux naturistes vint à expiration en fin 1936. La Marine récupéra son bien. Pendant une quinzaine d'années, il fut néanmoins possible de se déplacer sur toute la surface de l'île jusqu'au moment où l'autorité militaire décida d'interdire la circulation sur ces zones. Depuis lors, les naturistes ne sont chez eux que dans la partie ouest de l'île, sur soixante-cinq hectares, encore que les Docteurs Durville soient personnellement propriétaires du fameux chemin central de l'île qui permet de la parcourir presque d'un bout à l'autre.

Beaucoup d'efforts, beaucoup d'argent, beaucoup d'énergie ont été dépensés pour créer Héliopolis, qui demeure un des centres les plus vivants et les plus attractifs de la Côte d'Azur. Placée sous l'autorité municipale d'Hyères, le domaine naturiste peut subsister et exercer normalement son activité économique. Les problèmes particuliers, posés par la Marine, sont naturellement étudiés avec grand soin. Le point de vue police est scrupuleusement respecté. Du côté dangers d'incendie, des mesures sévères ont été prises. Une coopération étroite existe avec les autorités maritimes qui peuvent compter sur le dévouement de toute la population, la preuve en fut apportée lors de l'incendie de juillet 1957. Si l'été, de nombreux médecins naturistes dispensent leurs soins aux malades et aux accidentés, il faut rendre hommage au médecin de la Marine qui rend bien des services aux habitants de l'île pendant l'hiver.

L'avenir n'appartient à personne, bien sûr. Ce qui nous appartient, c'est de défendre Héliopolis, oeuvre magnifique, fruit d'un quart des siècle de travail créateur, Héliopolis, réalisation unique au monde, encore préservée en partie d'un siècle dur et difficile qui nous rend plus chère l'île-refuge, fille du soleil et de la mer. 

Extrait du guide 1958

L'ILE DU LEVANT, nouveau guide 1958, une édition spéciale de la Revue Naturiste Internationale, sous la direction de Jean-Albert Foëx

 

 

Rédigé par HODIE

Publié dans #Histoire, #Guides, #1945-1970

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