"Derrière le plaisir du nu : Christiane" de Riccardo de Sangro 8/9

Publié le 25 Mars 2018

Cette nouvelle fait partie du recueil :

 L’inganno dell’apparenza Ibiskos editrice, Empoli (FI) 2014.

Ci-dessous les liens pour les épisodes précédents

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   Christiane, à chaque arrivée, est là, au port, mais elle n’attend personne. Sa vieille maison, été après été, est toujours plus cachée dans l’inouï enchevêtrement de branches, plantes sèches, vieux électroménagers rouillés, meubles, fauteuils…et la grille d’entrée chancelante sur ses gonds usés. Christiane dit toujours bonjour à Lorenzo chaque été quand il débarque mais son regard est de plus en plus perdu dans le vide.

   « Christiane ? – lui disent les habitants – elle perd jour après jour la tête ! Sa fille ne vient jamais …une fois par an peut-être, hors saison, au mois de décembre quand il fait froid et qu’il n’y a personne. »

  « Sa fille ? » – demande Lorenzo stupéfait : dans ses rêveries, à son sujet, il ne l’avait jamais imaginée dans le rôle de mère.

   « Mais oui ! C’est la fille de son premier mari, l’américain qui l’a quitté. »

   «  Son premier mari ! Elle en a eu donc un autre. »

   «  Ah ! ça c’est l’histoire de sa vie !...mais demandez-le-lui …la maladie l’a peut-être tirée de son silence aboulique. »

  Après la première montée, après avoir abandonné le port, un arbre ombrageux protège un banc. A côté, une cabine téléphonique, inutilisée désormais dans l’ère de la communication électronique mais que personne n’a pensé à démanteler. C’est sur ce banc qu’il est facile de rencontrer Christiane à l’heure de l’arrivée des bateaux.

 Lorenzo, encouragé, s’approche, lui dit « bonjour, comment allez-vous » et « Vous attendez votre fille ? » lance-t-il à brûle-pourpoint.

  « Non, pas elle. Elle ne vient jamais. Depuis qu’elle a retrouvé son père en Amérique elle a oublié sa mère et sa terre. Quand elle vient, si elle vient, elle attend l’hiver pour effacer toute trace de son enfance heureuse dans le soleil. »

   « Et qui attendez-vous alors ? »

  « J’attends ? Non, je n’attends personne ! » le caractère fier ne se dément jamais ! « Je suis descendue pour prendre les branchages secs pour l’hiver. »

 En effet, à côté d’elle une poussette rouillée et trébuchante est remplie, non seulement de branches, mais d’objets les plus disparates, ramassés au hasard dans la rue. Lorenzo évoque dans son souvenir la chambre qui fut la sienne il y a longtemps, remplie de vieux objets déjà alors inutilisables. Que sera-t-elle devenue cette chambre, et la maison, et le jardin ? Un amas impénétrable !

   Et en effet, au dehors, au virage de la troisième corniche, ceux qui passent devant la petite grille dégondée et délavée, entre le vieil hôtel Gaëtan et le nouvel emplacement élégant et accueillant de La Pinède, restent stupéfaits devant l’entassement d’énormes appareils électroménagers en équilibre instable recouverts de verdure qui pousse en désordre. Dans un petit espace à gauche, la poussette. Tout ce qui est derrière, reste caché à la vue et laissé au pouvoir d’imagination de chacun.

à suivre..

Rédigé par HODIE

Publié dans #Artistes-écrivains

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Chrisb3 27/03/2018 19:30

Une nouvelle qui a bien capturé la vie de Mme. Christiane J. Merci de l'avoir publiée.