"C'est arrivé au Levant" un article de 1958 8/10

Publié le 28 Septembre 2018

ÉDITION SPÉCIALE DE LA REVUE NATURISTE INTERNATIONALE
L'ILE DU LEVANT
NOUVEAU GUIDE 1958

"C'est arrivé au Levant" 

1954

  En août, la boulangerie des Arbousiers fabriqua 1 000 kilos de pain par jour. En tenant compte des régimes, des biscottes, des pains fantaisie importés de la Côte par des voyageurs méfiants et intraitables côté casse-croûte, on pouvait supporter l'importance de la population d'Héliopolis. Jamais elle n'avait atteint ce chiffre attestant un essor touristique sans précédent.

  Le pain ne manquait pas. L'eau était rare. Les citernes vidées jusqu'à la lie. On se lavait les dents à l'eau minérale. Le Bic, vieux pêcheur rabougri comme un hareng-saur, futé rat de maquis, estimable figure dans la galerie des levantins sédentaire, s'indignait :

  - Faut pas se laver ! L'eau, faut de la garder. Qu'és qu'on mettra dans le pastis, sinon !

  Pendant longtemps, le Bic avait vécu au Titan dans un cadre à faire pâlir Hemingway. Une maison ouverte aux quatre vents, où tout était suspendu, accroché, fixé, arrimé au plafond. Rien ne descendait à moins d'un mètre du sol nu comme la main, même le lit balancé au bout de quatre cordes.
Interrogé, le Bic s'attristait :

  - Ah, ils me font du souci, ces rats ! Je peux rien laisser traîner. Vous savez, des fois, je rentre, je suis pas bien avec le vin blanc. Pour aller dans le lit suspendu, c'est dur. Il chavire, on dirait une barque jalouse !

  Ayant bivouaqué une nuit au Titan, j'assistais au couche du Bic. Le voir s'embarquer dans sa nacelle, ramant des bras et des jambes alors que le rosé et le pastis conspiraient à contrarier ses manœuvres, un spectacle !

  Quand il était enfin installé sur sa couche pendulante, comme un roi nègre sur la litière, le Bic soupirait

  - C'est pas commode de le prendre en marche, ce lit ! 

Rédigé par HODIE

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