L'ILE SAUVAGE - Opinions et jugements en 1958

Publié le 4 Septembre 2018

"L’ÎLE DU LEVANT, NOUVEAU GUIDE 1958"

Alexandre Sinel a fait plusieurs expositions de ses œuvres, à Paris et en Province. Dans les notes qui suivent, il relate son expérience et ses impressions de peintre sous-marin en se livrant à la paresseuse découverte des fonds qui prolongent sous la surface de la mer, la beauté de l'île.

Suite de l'article proposé sur le groupe FB "île du Levant, son histoire".

Voici une autre histoire :

  "Malgré la mauvaise réputation dont on a gratifié le pieuvres (ou les poulpes), je peux certifier qu'il n'y a rien de plus tranquille, de plus gentil, et peut-être de plus intelligent qu'un poulpe.

  Un jour, en pêchant à la ligne à la pointe du Cheval, je constatai le disparition consécutive de trois rougets, cependant bien accrochés à l'hameçon double qui me servaient d'appât. Intrigué, je plonge et découvre un poulpe qui tranquillement, décrochait un autre poisson et me jeta un coup d’œil insolent avant de se sauver. Le jour suivant, au même endroit, même scène. Cette fois, je poursuis le larron vers un trou de rocher d'où sortait une énorme rascasse ; en passant à sa portée, le poulpe lâche sa prise que la rascasse engloutit aussitôt. A un mètre de là, se trouvait un autre trou abritant quelques petits poulpes qui semblaient attendre le mien. Conclusion (peut-être poétique !) : mon poulpe récompensait avec mes rougets la rascasse gardienne de sa progéniture. Les jours suivants, j'ai eu confirmation de mes déductions et nous sommes devenus des amis ; le ravitailleur c'était moi, moyennant quoi, tous me servaient de modèles.

  Celui qui se promène sous la mer, flâne et observe, découvre tout un monde extraordinairement passionnant, actif et plein de secrets, il découvre cela partout, même là où un nageur n'aura rien aperçu après avoir jeté quelques regards trop hâtifs.

  L'artiste, le dessinateur, examinant les couleurs, les ombres et les lumières, surprend d'infimes changements, de minuscules activités, de mystérieuses modifications qui le mettent sur la piste des captivants petits mystères sous-marins.

 Au cours de ma carrière sous-marine déjà longue et riche en péripéties, j'ai plongé sur bien des côtes, de la Méditerranée occidentale jusqu'en Mer Rouge. Bien sûr, j'ai éprouvé devant l'indescriptible splendeur du récif de corail, du royaume des coraux, l'émotion qu'ont ressenti tous ceux qui ont plongé dans les eaux tropicales. Pourtant, c'est à l'île du Levant que je retourne toujours avec un plaisir inchangé, car cette île, d'une beauté grecque, est sortie dans les eaux les plus transparentes du monde. D'autres ont fait cette même constatation ; en particulier sur toute la face sud, de Maupertuis au Titan, sous les yeux du promeneur aquatique s'ouvrent mille jardins clairs, lumineux, avec leurs rocailles, leurs grottes, leur flore scintillante et et rapide, au hasard des vallonnements, des plateaux sous l'eau toujours toujours idéalement transparente, cristalline, où les méduses elles-mêmes, roses et grises, paraissent semblables à des oiseaux, boules de plumes sans poids, soutenues par quelque frémissement léger de l'été."

Alexandre SINEL, peintre sous-marin.

 

Rédigé par HODIE

Publié dans #1945-1970, #Guides, #Artistes-écrivains, #Sous l'eau

Commenter cet article